‹ Théâtre complet illustréChapitre 20 sur 198 · RACINE · texte numérisé non relu

RACINE

BRJTANNICUS

NÉRON

Non, madame, l'époux dont je vous entretiens Peut sans honte assembler vos aïeux et les siens ; Vous pouvez, sans rougir, consentir à sa flamme.

Et quel est donc, seigneur, cet époux ?

NÉRON

Moi, madame.

JUNTE

Vous î

NÉRON

Je vous nommerais, madame, un autre nom, Si j'en savais quelque autre au-dessus de Néron. Oui, pour vous faire un choix où vous puissiez souscrire, J'ai parcouru des yeux la cour, Rome et l'empire. Plus j'ai cherché, madame, et plus je cherche encor En quelles mains je dois confier ce trésor, Plus je vois que César, digne seul de vous plaire, En doit être lui seul l'heureux dépositaire, Et ne peut dignement vous confier qu'aux mains A qui Rome a commis l'empire des humains. Vous-même, consultez vos premières années : Claudius à son fils les avait destinées ; Mais c'était en un temps où de l'empire entier Il croyait quelque jour le nommer l'héritier. Les dieux ont prononcé. Loin de leur contredire, C'est à vous de passer du côté de l'empire. En vain de ce présent ils m'auraient honoré, Si votre cœur devait en être séparé ; Si tant de soins ne sont adoucis par vos charmes ; Si, tandis que je donne aux veilles, aux alarmes, Des jours toujours à plaindre et toujours enviés, Je ne vais quelquefois respirer à vos pieds. Qu'Octavie à vos yeux ne fasse point d'ombrage : Rome, aussi bien que moi, vous donne son suffrage, Répudie Octavie, et me fait dénouer Un hymen que le ciel ne veut point avouer. Songez-y donc, madame, et pesez en vous-même Ce choix digne des soins d'un prince qui vous aime, Digne de vos beaux yeux trop longtemps captivés, Digne de l'univers à qui vous vous devez.

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