SCÈNE III : AGRIPPINE, BURRHUS, ALBINE
AGRIPPINE
Hé bien ! je me trompais, Burrhus, dans mes soupçons ? Et vous vous signalez par d'illustres leçons ! On exile Pallas, dont le crime peut-être Est d'avoir à l'empire élevé votre maître. Vous le savez trop bien ; jamais, sans ses avis, Claude, qu'il gouvernait, n'eût adopté mon fils.
. Var. Mais si dans sa fierté votre cœur affermi (1670-76),
Que dis- je ? A son épouse on donne une rivale ; On affranchit Néron de la foi conjugale : Digne emploi d'un ministre ennemi des flatteurs, Choisi pour mettre un frein à ses jeunes ardeurs, De les flatter lui-même et nourrir dans son âme Le mépris de sa mère et l'oubli de sa femme !
BURRHUS
Madame, jusqu'ici c'est trop tôt m'accuser ;
L'empereur n'a rien fait qu'on ne puisse excuser.
N'imputez qu'à Pallas un exil nécessaire :
Son orgueil dès longtemps exigeait ce salaire ;
Et l'empereur ne fait qu'accomplir à regret
Ce que toute la cour demandait en secret.
Le reste est un malheur qui n'est point sans ressource
Des larmes d'Octavie on peut tarir la source.
Mais calmez vos transports ; par un chemin plus doux,
Vous lui pourrez plus tôt ramener son époux :
Les menaces, les cris, le rendront plus farouche.
AGRIPPINE
Ah ! l'on s'efforce en vain de me fermer la bouche. Je vois que mon silence irrite vos dédains ; Et c'est trop respecter l'ouvrage de mes mains. Pallas n'emporte pas tout l'appui d'Agrippine : Le ciel m'en laisse assez pour venger ma ruine. Le fils de Claudius commence à ressentir Des crimes dont je n'ai que le seul repentir. J'irai, n'en doutez point, le montrer à l'armée, Plaindre aux yeux des soldats son enfance opprimée, Leur faire, à mon exemple, expier leur erreur. On verra d'un côté le fils d'un empereur Redemandant la foi jurée à sa famille ; Et de Germanicus on entendra la fille ; De l'autre, l'on verra le fils d'iEnobarbus », Appuyé de Sénèque et du tribun Burrhus, Qui, tous deux de l'exil rappelés par moi-même, Partagent à mes yeux l'autorité suprême. De nos crimes communs je veux qu'on soit instruit ; On saura les chemins par où je l'ai conduit. Pour rendre sa puissance et la vôtre odieuses, J'avouerai les rumeurs les plus injurieuses ;
I, Rappelons que Néron était fils de Cnéius Domitius -^nobarbus.