‹ Théâtre complet illustréChapitre 55 sur 198 · SCÈNE VIII : AGRIPPINE, BURRHUS, ALBINE · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII : AGRIPPINE, BURRHUS, ALBINE

ALBINE

Ah ! madame ! ah ! seigneur ! courez vers l'empereur ; Venez sauver César de sa propre fureur ; Il se voit pour jamais séparé de Junie.

AGRIPPINE

Quoi ! Junie elle-même a terminé sa vie ?

ALBINE

Pour accabler César d'un éternel ennui, Madame, sans mourir elle est morte pour lui. Vous savez de ces lieux comme elle s'est ravie : Elle a feint de passer chez la triste Octavie ; Mais bientôt elle a pris des chemins écartés, Où mes yeux ont suivi ses pas précipités. Des portes du palais elle sort éperdue, D'abord elle a d'Auguste aperçu la statue ; Et mouillant de ses pleurs le marbre de ses pied s, Que de ses bras pressants elle tenait liés : « Prince, par ces genoux, dit-elle, que j'embrasse, Protège en ce moment le reste de ta race. Rome, dans ton palais, vient de voir immoler Le seul de tes neveux qui te pût ressembler. On veut après sa mort que je lui sois parjure ; Mais pour lui conserver une foi toujours pure, Prince, je me dévoue à ces dieux immortels Dont ta vertu t'a fait partager les autels. » Le peuple cependant, que ce spectacle étonne, Vole de toutes parts, se presse, l'environne, S'attendrit à ses pleurs ; et, plaignant son ennui, D'une commune voix la prend sous son appui ;

BIUTANNICUS

Ils la mènent au temple, où depuis tant d'années

Au culte des autels nos vierges destinées

Gardent fidèlement le dépôt précieux

Du feu toujours ardent qui brûle pour nos dieux.

César les voit partir sans oser les distraire.

Narcisse, plus hardi, s'empresse pour lui plaire,

Il vo]e vers Junie ; et, sans s'épouvanter,

D'une profane main commence à l'arrêter.

De mille coups mortels son audace est punie ;

Son infidèle sang rejaillit sur Junie.

César, de tant d'objets en même temps frappé,

Le laisse entre les mains qui l'ont enveloppé.

Il rentre. Chacun fuit son silence farouche ;

Le seul nom de Junie échappe de Sa bouche.

Il marche sans dessein ; ses yeux mal assurés

N'osent lever au ciel leurs regards égarés ;

Et l'on craint, si la nuit jointe à la solitude

Vient de son désespoir aigrir l'inquiétude,

Si vous l'abandonnez plus longtemps sans secours,

Que sa douleur bientôt n'attente sur ses jours.

Le temps presse, courez. Il ne faut qu'un caprice ;

Il se perdrait, madame.

Mais, Burrhus, allons voir jusqu'où vont ses transports. Voyons quel changement produiront ses remords, S'il voudra désormais suivre d'autres maximes.

Plût aux dieux que ce fût le dernier de ses crimes '

AGRIPPINE

Il se ferait justice.

BURRHUS

BERENICE

TRAGEDIE

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