‹ Théâtre complet illustréChapitre 61 sur 198 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

ARSACF.

Quoi ! ce discours pourrait-il vous troubler ?

ANTIOCHUS

Ainsi donc sans témoins je ne lui puis parler ?

ARSACE

Vous la verrez, seigneur ; Bérénice est instruite Que vous voulez ici la voir seule et sans suite. La reine d'un regard a daigné m'avertir Qu'à votre empressement elle allait consentir ; Et sans doute elle attend le moment favorable Pour disparaître aux yeux d'une cour qui l'accable.

ANTIOCHUS

Il suffit. Cependant n'as-tu rien négligé

Des ordres importants dont je t'avais chargé ?

ARSACE

Seigneur, vous connaissez ma prompte obéissance. Des vaisseaux dans Ostie armés en diligence, Prêts à quitter le port de moments en moments, N'attendent pour partir que vos commandements. Mais qui renvoyez-vous dans votre Comagène 1 ?

ANTIOCHUS

Arsace, il faut partir quand j'aurai vu la reine.

ARSACE

Qui doit partir ?

Moi.

ARSACE

Vous .

ANTIOCHUS

En sortant du palais, Je sors de Rome, Arsace, et j'en sors pour jamais.

ARSACE

Je suis surpris sans doute, et c'est avec justice. Quoi ! depuis si longtemps la reine Bérénice Vous arrache, seigneur, du sein de vos États ; Depuis trois ans dans Rome elle arrête vos pas ;

Contrée du nord-est de la Syrie

BÉRÉNICE

Et lorsque cette reine, assurant sa conquête, Vous attend pour témoin de cette illustre fête ; Quand l'amoureux Titus, devenant son époux, Lui prépare un éclat qui rejaillit sur vous...

ANTIOCHUS

Arsace, laisse-la jouir de sa fortune,

Et quitte un entretien dont le cours m'importune.

ARSACE

Je vous entends, seigneur : ces mêmes dignités Ont rendu Bérénice ingrate à vos bontés. L'inimitié succède à l'amitié trahie.

Non, Arsace, jamais je ne l'ai moins haïe.

ARSACE

Quoi donc ! de sa grandeur déjà trop prévenu, Le nouvel empereur vous a-t-il méconnu ? Quelque pressentiment de son indifférence Vous fait-il loin de Rome éviter sa présence ?"

ANTIOCHUS

Titus n'a point pour moi paru se démentir, J'aurais tort de me plaindre.

ARSACE

Et pourquoi donc partir Quel caprice vous rend ennemi de vous-même ? Le ciel met sur le trône un prince qui vous aime, Un prince qui, jadis témoin de vos combats, Vous vit chercher la gloire et la mort sur ses pas, Et de qui la valeur, par vos soins secondée, Mit enfin sous le joug la rebelle Judée. P se souvient du jour illustre et douloureux Qui décida du sort d'un long siège douteux. Sur leurs triples remparts les ennemis tranquilles Contemplaient sans péril nos assauts inutiles ; Le bélier impuissant les menaçait en vain : Vous seul, seigneur, vous seul; une échelle à la main, Vous portâtes la mort jusque sur leurs murailles. Ce jour presque éclaira vos propres funérailles : Titus vous embrassa mourant entre mes bras, Et tout le camp vainqueur pleura votre trépas, Voici le temps, seigneur, où vous devez attendre Le fruit de tant de sang qu'ils vous ont vu répandra'

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