‹ Théâtre complet illustréChapitre 62 sur 198 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Si, pressé du désir de revoir vos États, Vous vous lassez de vivre où vous ne régnez pas, Faut-il que sans honneur l'Euphrate vous revoie ? Attendez pour partir que César vous renvoie Triomphant et chargé des titres souverains Qu'ajoute encore aux rois l'amitié des Romains. Rien ne peut-il, seigneur, changer votre entreprise ? Vous ne répondez point?

ANTIOCHUS

Que Veux-tu que je dise ?

J'attends de Bérénice un moment d'entretien.

ARS ACE

Hé bien, seigneur ?

ANTIOCHUS

Son sort décidera du mien.

ARSACE

Comment ?

ANTIOCHUS

Sur son hymen j'attends qu'elle s'explique. Si sa bouche s'accorde avec la voix publique, S'il est vrai qu'on l'élève au trône des Césars, Si Titus a parlé, s'il l'épouse, je pars.

ARSACE

Mais qui rend à vos yeux cet hymen si funeste ?

ANTIOCHUS

Quand nous serons partis, je te dirai le reste.

ARSACE

Dans quel trouble, seigneur, jetez-vous mon esprit !

ANTIOCHUS

La reine vient. Adieu, fais tout ce que j'ai dit. SCÈNE IV : BÉRÉNICE, ANTIOCHUS, PHÉNICE.

Enfin je me dérobe à la joie importune De tant d'amis nouveaux que me fait la fortune ; Je fuis de leurs respects l'inutile longueur, Pour chercher un ami qui me parle du cœur.

BÉRÉNICE

Il ne faut point mentir, ma juste impatience

Vous accusait déjà de quelque négligence.

Quoi ! cet Antiochus, disais-je, dont les soins

Ont eu tout l'Orient et Rome pour témoins ;

Lui que j'ai vu toujours, constant dans mes traverses,

Suivre d'un pas égal mes fortunes diverses ;

Aujourd'hui que le ciel semble me présager

Un honneur qu'avec vous 1 je prétends partager,

Ce même Antiochus, se cachant à ma vue,

Me laisse à la merci d'une foule inconnue ?

ANTIOCHUS

Il est donc vrai, madame, et, selon ce discours, L'hymen va succéder à vos longues amours ?

BÉRÉNICE

Seigneur, je vous veux bien confier mes alarmes :

Ces jours ont vu mes yeux baignés de quelques larmes ;

Ce long deuil que Titus imposait à sa cour

Avait, même en secret, suspendu son amour ;

Il n'avait plus pour moi cette ardeur assidue

Lorsqu'il passait les jours attaché sur ma vue.

Muet, chargé de soins et les larmes aux yeux,

Il ne me laissait plus que de tristes adieux.

Jugez de ma douleur, moi dont l'ardeur extrême,

Je vous l'ai dit cent fois, n'aime en lui que lui-même ;

Moi qui, loin des grandeurs dont il est revêtu,

Aurais choisi son cœur et cherché sa vertu.

ANTIOCHUS

Il a repris pour vous sa tendresse première ?

BÉRÉNICE

Vous fûtes spectateur de cette nuit dernière,

Lorsque, pour seconder ses soins religieux,

Le sénat a placé son père entre les dieux.

De ce juste devoir sa piété contente

A fait place, seigneur, au soin de son amante ;

Et même en ce moment, sans qu'il m'en ait parlé,

Il est dans le sénat, par son ordre assemblé.

Là, de la Palestine il étend la frontière ;

Il y joint l'Arabie et la Syrie entière :

Et, si de ses amis j'en dois croire la voix,

Si j'en crois ses serments redoublés mille fois,

i. Var. Avec lui (1671).

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