‹ Théâtre complet illustréChapitre 72 sur 198 · SCÈNE IV : BÉRÉNICE, TITUS, PAULIN, PHÉNICE · texte numérisé non relu

SCÈNE IV : BÉRÉNICE, TITUS, PAULIN, PHÉNICE

BÉRÉNICE

Ne vous offensez pas si mon zèle indiscret

De votre solitude interrompt le secret.

Tandis qu'autour de moi votre cour assemblée

Retentit des bienfaits dont vous m'avez comblée.

Est-il juste, seigneur, que seule en ce moment

Je demeure sans voix et sans ressentiment !

Mais, seigneur (car je sais que cet ami sincère

Du secret de nos cœurs connaît tout le mystère) ,

Votre deuil est fini, rien n'arrête vos pas,

Vous êtes seul enfin et ne me cherchez pas !

J'entends que vous m'offrez un nouveau diadème,

Et ne puis cependant vous entendre vous-même.

Hélas ! plus de repos, seigneur, et moins d'éclat :

Votre amour ne peut-il paraître qu'au sénat ?

Ah! Titus! (car enfin l'amour fuit la contrainte

De tous ces noms que suit le respect et la crainte)

De quel soin votre amour va-t-il s'importuner ?

N'a-t-il que des États qu'il me puisse donner ?

Depuis quand croyez-vous que ma grandeur me touche ?

Un soupir, un regard, un mot de votre bouche,

Voilà l'ambition d'un cœur comme le mien :

Voyez-moi plus souvent, et ne me donnez rien.

Tous vos moments sont-ils dévoués à l'empire ?

Ce cœur, après huit jours, n'a-t-il rien à me dire ?

Qu'un mot va rassurer mes timides esprits !

Mais parliez-vous de moi quand je vous ai surpris ?

Dans vos secrets discours étais- je intéressée,

Seigneur ? Etais- je au moins présente à la pensée ?

N'en doutez point, madame ; et j'atteste les dieux Que toujours Bérénice est présente à mes yeux, L'absence ni le temps, je vous le jure encore, Ne vous peuvent ravir ce cœur qui vous adore.

BÉRÉNICE

Hé quoi 1 vous me jurez une éternelle ardeur, Et vous me la jurez avec cette froideur ? Pourquoi même du ciel attester la puissance ? Faut-il par des serments vaincre ma défiance ? Mon cœur ne prétend point, seigneur, vous démentir, Et je vous en croirai sur un simple soupir.

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