ACTE T
TITUS
Madame...
BÉRÉNICE
Hé bien, seigneur ? Mais quoi ! sans me répondre Vous détournez les yeux, et semblez vous confondre. Ne m'offrirez-vous plus qu'un visage interdit ? Toujours la mort d'un père occupe votre esprit ? Rien ne peut-il charmer l'ennui qui vous dévore ?
TITUS
Plût au ciel que mon père, hélas l vécût encore l Que je vivais heureux !
BÉRÉNICE
Seigneur, tous ces regrets De votre piété sont de justes effets.
Mais vos pleurs ont assez honoré sa mémoire ! Vous devez d'autres soins à Rome, à votre gloire 1 De mon propre intérêt je n'ose vous parler. Bérénice autrefois pouvait vous consoler : Avec plus de plaisir vous m'avez écoutée. De combien de malheurs pour vous persécutée, Vous ai-je, pour un mot, sacrifié mes pleurs ! Vous regrettez un père ; hélas ! faibles douleurs ! Et moi (ce souvenir me fait frémir encore), On voulait m'arracher de tout ce que j'adore ; Moi, dont vous connaissez le trouble et le tourment Quand vous ne me quittez que pour quelque moment ; Moi, qui mourrais le jour qu'on voudrait m'interdire De vous...
TITUS
Madame, hélas ! que me venez-vous dire ? Quel temps choisissez-vous ? Ah ! de grâce, arrêtez ; C'est trop pour un ingrat prodiguer vos bontés.
BÉRÉNICE
Pour un ingrat, seigneur ! Et le pouvez-vous être ? Ainsi donc mes bontés vous fatiguent peut-être ?
TITUS
Non, madame ; jamais, puisqu'il faut vous parler, Mon cœur de plus de feux ne se sentit brûler. Mais...
BÉRÉNICE
Achevez.
BÉRÉNICE
TITUS
Hélas !
BÉRÉNICE
Parlez.
Rome... L'empire...
BÉRÉNICE
Hé bien ?
TITUS
Sortons, Paulin : je ne lui puis rien dire. SCÈNE V : BÉRÉNICE, PHÉNICE.
BÉRÉNICE
Quoi ! me quitter sitôt, et ne me dire rien ? Chère Phénice, hélas ! quel funeste entretien ! Qu'ai- je fair ? Que veut-il ? Et que dit ce silence ?
PHÉNICE
Comme vous, je me perds d'autant plus que j'y pense. Mais ne s'offre-t-il rien à votre souvenir Qui contre vous, madame, ait pu le prévenir ? Voyez, examinez.
BÉRÉNICE
Hélas ! tu peux m'en croire, Plus je veux du passé rappeler la mémoire, Du jour que je le vis jusqu'à ce triste jour, Plus je vois qu'on me peut reprocher trop d'amour. Mais tu nous entendais. Il ne faut rien me taire : Parle. N'ai- je rien dit qui lui puisse déplaire ? Que sais- je ? J'ai peut-être avec trop de chaleur Rabaissé ses présents ou blâmé sa douleur. N'est-ce point que de Rome il redoute la aine ? 11 craint peut-être, il craint d'épouser une reine. Hélas ! s'il était vrai... Mais non, il a cent fois Rassuré mon amour contre leurs dures lois ; Cent fois... Ah ! qu'il m'explique un silence si rude. Je ne respire pas dans cette incertitude. Moi, je vivrais, Phénice, et je pourrais penser Qu'il me néglige, ou bien que j'ai pu l'offenser ? Retournons sur ses pas. Mais, quand je m'examine, Je crois de ce désordre entrevoir l'origine,