ACTE m
ANTIOCHUS
Arsace, je me vois chargé de sa conduite ;
Je jouirai longtemps de ses chers entretiens ;
Ses yeux mêmes pourront s'accoutumer aux miens ;
Et peut-être son cœur fera la différence
Des froideurs de Titus à ma persévérance.
Titus m'accable ici du poids de sa grandeur :
Tout disparaît dans Rome auprès de sa splendeur ;
Mais, quoique l'Orient soit plein de sa mémoire,
Bérénice y verra des tracés de ma gloire.
ARSACE
N'en doutez point, seigneur, tout succède à vos vœux l.
ANTIOCHUS
Ah ! que nous nous plaisons à nous tromper tous deux !
ARSACE
Et pourquoi nous tromper ?
ANTIOCHUS
Quoi ! je lui pourrais plaire ?
Bérénice à mes vœux ne serait plus contraire ? Bérénice d'un mot flatterait mes douleurs ? Penses-tu seulement que, parmi ses malheurs, Quand l'univers entier négligerait ses charmes, L'ingrate me permît de lui donner des larmes, Ou qu'elle s'abaissât jusques à recevoir Des soins qu'à mon amour elle croirait devoir ?
ARSACE
Et qui peut mieux que vous consoler sa disgrâce ? Sa fortune, seigneur, va prendre une autre face : Titus la quitte.
ANTIOCHUS
Hélas ! de ce grand changement Il ne me reviendra que le nouveau tourment D'apprendre par ses pleurs à quel point elle l'aime : Je la verrai gémir ; je la plaindrai moi-même. Pour fruit de tant d'amour, j'aurai le triste emploi De recueillir des pleurs qui ne sont pas pour moi.