I . Vœu : souhait, désir ardent
BÉRÉNICE
ARSACE
Quoi? ne vous plairez- vous qu'à vous gêner sans cesse Jamais dans un grand cœur vit-on plus de faiblesse ? Ouvrez les yeux, seigneur, et songeons entre nous Par combien de raisons Bérénice est à vous. Puisque aujourd'hui Titus ne prétend plus lui plaire, Songez que votre hymen lui devient nécessaire.
Nécessaire ?
ARSACE
A ses pleurs accordez quelques jours ; De ses premiers sanglots laissez passer le cours : Tout parlera pour vous, le dépit, la vengeance, L'absence de Titus, le temps, votre présence, Trois sceptres que son bras ne peut seul soutenir, Vos deux États voisins qui cherchent à s'unir. L'intérêt, la raison, l'amitié, tout vous lie.
ANTIOCHUS
Oui, je respire, Arsace ; et tu me rends la vie :
J'accepte avec plaisir un présage si doux.
Que tardons-nous ? Faisons ce qu'on attend de nous.
Entrons chez Bérénice ; et, puisqu'on nous l'ordonne,
Allons lui déclarer que Titus l'abandonne.
Mais plutôt demeurons. Que faisais-je ? Est-ce à moi
Arsace, à me charger de ce cruel emploi ?
Soit vertu, soit amour, mon cœur s'en effarouche.
L'aimable Bérénice entendrait de ma bouche
Qu'on l'abandonne ! Ah ! reine, et qui l'aurait pensé,
Que ce mot dût jamais vous être prononcé I
ARSACE
La haine sur Titus tombera toute entière. Seigneur, si vous parlez, ce n'est qu'à sa prière.
IN on, ne la voyons point ; respectons sa douleur : Assez d'autres viendront lui conter son malheur. Et ne la crois-tu pas assez infortunée D'apprendre à quel mépris Titus l'a condamnée, Sans lui donner encor le déplaisir fatal D'apprendre ce mépris par son propre rival t Encore un coup, fuyons ; et par cette nouvelle N'allons point nous charger d'une haine immortelle.