‹ Théâtre complet illustréChapitre 88 sur 198 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

Mon cœur se gardait bien d'aller dans l'avenir Chercher ce qui pouvait un jour nous désunir. Je voulais qu'à mes vœux rien ne fût invincible, Je n'examinais rien, j'espérais l'impossible. Que sais- je ? J'espérais de mourir à vos yeux Avant que d'en venir à ces cruels adieux. Les obstacles semblaient renouveler ma flamme. Tout l'empire parlait. Mais la gloire, madame, Ne s'était point encor fait entendre à mon cœur Du ton dont elle parle au cœur d'un empereur. Je sais tous les tourments où ce dessein me livre : Je sens bien que sans vous je ne saurais plus vivre, Que mon cœur de moi-même est prêt à s'éloigner ; Mais il ne s'agit plus de vivre,. il faut régner.*

BÉRÉNICE

Hé bien ! régnez, cruel ; contentez votre gloire :

Je ne dispute plus. J'attendais, pour vous croire,

Que cette même bouche, après mille serments

D'un amour qui devait unir tous nos moments,

Cette bouche, à mes yeux s 'avouant infidèle,

M'ordonnât elle-même une absence éternelle.

Moi-même, j'ai voulu vous entendre en ce lieu.

Je n'écoute plus rien, et pour jamais adieu. •

Pour jamais ! Ah ! seigneur ! songez- vous en vous-même

Combien ce mot cruel est affreux quand on aime ?

Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous,

Seigneur, que tant de mers me séparent de vous ?

Que le jour recommence et que le jour finisse

Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice,

Sans que de tout le jour je puisse voir Titus ?

Mais quelle est mon erreur, et que de soins perdus !

L'ingrat, de mon départ consolé par avance,

Daignera-t-il compter les jours de mon absence ?

Ces jours, si longs pour moi, lui sembleront trop courts,

TITUS

Je n'aurai pas, madame, à compter tant de jours. J'espère que bientôt la triste renommée Vous fera confesser que vous étiez aimée. Vous verrez que Titus n'a pu, sans expirer...

BÉRÉNICE

Ah ! seigneur, s'il est vrai, pourquoi nous séparer ? Je ne vous parle point d'un heureux hymènée :

BÉRÉNICE

Rome à ne vous plus voir m'a-t-elle condamnée ? Pourquoi m'enviez-vous l'air que vous respirez ?

TITUS

Hélas ! vous pouvez tout, madame. Demeurez :

Je n'y résiste point. Mais je sens ma faiblesse :

Il faudra vous combattre et vous craindre sans cesse,

Et sans cesse veiller à retenir mes pas,

Que vers vous à toute heure entraînent vos appas.

Que dis-je ? en ce moment mon cœur, hors de lui-même,

S'oublie et se souvient seulement qu'il vous aime.

BÉRÉNICE

Hé bien ! seigneur, hé bien ! qu'en peut-il arriver ? Voyez-vous les Romains prêts à se soulever ?

Et qui sait de quel œil ils prendront cette injure ? S'ils parlent, si les cris succèdent au murmure, Faudra- t-il par le sang justifier mon choix ? S'ils se taisent, madame, et me vendent leurs lois, A quoi m'exposez-vous ? Par quelle complaisance Faudra-t-il quelque jour payer leur patience ? Que n'oseront-ils point alors me demander ? Maintiendrai- je des lois que je ne puis garder ?

BÉRÉNICE

Vous ne comptez pour rien les pleurs de Bérénice.

TITUS

Je les compte pour rien ! Ah ! ciel ! quelle injustice !

BÉRÉNICE

Quoi ! pour d'injustes lois que vous pouvez changer, En d'éternels chagrins vous-même vous plonger ? Rome a ses droits, seigneur : n'avez-vous pas les vôtres ? Ses intérêts sont-ils plus sacrés que les nôtres ? Dites, parlez.

TITUS

Hélas ! Que vous me déchirez !

BÉRÉNICE

Vous êtes empereur, seigneur, et vous pleurez !

TITUS

Oui, madame, il est vrai, je pleure, je soupire, Je frémis. Mais enfin, quand j'acceptai l'empire,

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