‹ Theatre Complet IV La Chatelaine L'Adversaire Monsieur PiegoisChapitre 168 sur 272 · ACTE III, SCÈNE XI · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE XI

c'est toi qui as le remède... et tu vas me guérir, n'est-ce pas, Marianne? comme un pauvre diable un peu malade que je suis en ce moment, tu vas me guérir avec de la loyauté et de la franchise. Alors, dis-moi exactement ce qui s'est passé entre toi et Langlade.

MARIANNE

Mais, rien... rien...

MAURICE

Je t'en prie, ne me réponds pas ainsi... 11 n'y a eu probablement presque rien entre vous deux : il n'y a pas eu rien. Mais non, mais non !... Toi oui étais autrefois la femme sûre et droite, celle qu'on n'osait pas soupçonner, car elle aurait rendu le soupçon ridicule, brusquement tu as changé !

MARIANNE

Moi?

MAURICE

Ton sourire, ton attitude, ton langage ont changé... N'essaye pas de le nier... C'est l'évidence, et d'ailleurs ce n'est pas un crime... Mais n'essaye pas de me faire croire, non plus, que c'est parce qu un soir je t'ai parlé plus durement que d'habitude... Non ! il y a autre chose. Langlade t'a fait la cour... C'est certain ! certain !...

MARIANNE

Eh bien! oui... oui... Et j'aurais dû te le dire tout de suite... Ah ! comme je regrette de ne pas l'avoir fait... Mais nous étions dans ce monde si bruyant, si absorbant, que malgré soi on se laisse entraîner peu à peu... On écoute des compliments, des banalités... on fait comme les autres... Ah !

Îue tu avais raison de vouloir m'en arracher !... >h ! oui, mais c'est fini, c'est fini!... (Se levant ei aiiantàiui.) Mou chéH, tu ne sais pas ce que nous

2^6 l'adversaire

aHons fajf e ? Nppsi allons pwW? P^ur quelque eadrqit où nou^ sprQf^s ^euls, luwSi le% deu^ senU ?. . . Nous allfiQs pftrtir U plu^ t^t possible, dpi^fiiii, dis?... Pt tu yerp^s, alor^. si j^ t'aiçae, ^i j'aiipe xxxi ^utre hpmn^e que toi ! Jç tP guérirai, va, ce ne sera pas long !

MAURipi^, la regardant.

C'est une idée...

MARIANNE

Oh ! quelle joie !... Nous allons donc retrpuver notre belle soiit]ide d'autrefois... Je vais pouvoir

Po-ris, quand nous rentrerons, je ne veux plus voir personne, personne !

Oh ! mais tu exagères, maintenant, tu exagères beauçovip... Gfi n'est pas parcp que Lianglade t'a adressé quelques petite^ gaUnti^rjes sans gp§yité, qu'il faut avoir laÎF de le fuir, U pstdW3 ^pn r^le,

après tout, pa gafçpfl...

MARIANNE

Je ne veux plus le voir... (Se reprenant.) pas plus

lui que les autres... d'ailleurs !.. (Avec emportement.)

Emmène-moi ! emmène-moi !

MAURJCE, se rapprochant d'elle et les yeux dans les yeux.

Il esj; dqpc hi§n cjang^reu? ?

MARIANNE

Qui?

MARIANPJE.

Dangef eux ! , . . Ppurqpoi?

ACT^ in, %Ç^^E XI 967

Mm, parce que, s^ns feu (Jouter, tu parles depuis wn u^pmenf; poaiiue si tu ayais peur de raimer.

MARIANNE, se reculant.

Moi ! . . .

Oui. .. toi ! ... Ou çQiîiiue ^i tu ne V^^iniMs plus ! . . .

MARIANNE

Oh!

MAURICE, Allant à elle.

Voyons ! MarijaLune... tu ue m'^p pas tout dit... Jl n'y a pas eu que de la galanterie de sa part, de la coquetterie de la tienne... Il y a eu pjus ! Tu as été imprudente... Où Tas-tu rencontre?... Car tu Ue Tas pas rencontré que chez nous ou chez cette femme?... Mais ne fais donc pas semblant de ne pas comprendre!... Tu Tas vu ailleurs?...

IfARIANNE.

Npu!,.. nou!.,.

MAURICE, arec violence.

Je tp dis que tu Vas vu ailleurs ! . . . Dis-moi où ?.. . Jusqu'à cette soirée chez madame Bréautip, je suis sûr de toi ! Tu me dirais que tu m'as trompé avant, je ne te croirais pas... Tu 1-as vu pendant les semaines quf ont précédé notre installation ici...

(Lui saisissant le bras.) VeUX-tu me répopdjre ?

JfApiANNE.

Non, je ne veux pas te répondre... car en ce moment, tu es frémissant et affolé... Tu es sous je ne sais quelle influence !... Quelle calomnie a-t-on pu faire?... Au hqw du ciel, laisse-moi, cesse de me touriueuter !... C'e^t 1? tortura !.-

MAU^IÇp.

Pour qui est-elle la torture?

MARIANNE

Quoi que je te dise maintenant, tu ne le croiras pas!... car tu es persuadé que je t'ai trompé!... Et quand tu me disais non, tout à Theure, c'est que tu me tendais un piège !

MAURICE

Tu pouvais donc y être prise?

MARIANNE, perdant la tête.

Mais tais-toi ! . . . Va-t'en ! . . .

MAURICE, la retenant par les poignets.

Je ne te quitterai pas avant de savoir ce que tu me caches depuis un mois ! Je veux savoir la vérité, je veux qu'elle éclate, quand même elle devrait tout briser autour de nous; je veux la tirer de tes yeux ou de tes lèvres!... Oui, c'est odieux ce que je fais, parfaitement... Mais c'est de ta faute!... C'est toi qui, par ton inconscience, par ta sottise, par tes défis, as introduit dans notre ménage l'ombre de l'adultère, c'est à toi de Ten faire sortir! Oui, je te crois coupable, oui... car si tu ne l'étais pas, au lieu de trébucher et de te perdre dans tes mensonges et dans ta peur, tu aurais déjà trouvé, le mot, le cri, le geste qui m'auraient remué et convaincu!... An! tu ne veux pas dire la vérité!... Eh bien!... je vais la savoir tout de même!

(Il se dirige violemment vers la porte.) MARIANNE, se redressant.

Où vas-tu? où vas-tu?...

MAURICE

Je vais la lui demander à lui!...

MARIANNE, affolée.

A lui?

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