SCENE V
GHANTRAINE, MADAME GHANTRAINE,
puis MARIANNE.
MADAME GHANTRAINE.
Voyons...
CHA^*JTRA1NE.
Ma chère amie, je vous serais fort obligé, quand on parlera des Darlay devant vous, et on en parlera certainement en route... je vous serais fort oblieé, dis-je, de vous abstenir de toute réflexion, ae tout sourire et de toute manifestation généralement quelconque.
MADAME GHANTRAINE.
Mais, mon ami...
GHANTRAINE.
J'aime infiniment Darlay; madame Darlay est une femme parfaite et de la plus grande distinction...
MADAME GHANTRAINE.
Oh ! VOUS la défendez toujours, c'est une justice à vous rendre. Eh bien! mon cher, je crois que vous allez avoir fort à faire.
GHANTRAINE.
Je ne vous demande pas de la défendre avec moi, je vous prie simplement de ne pas l'attaquer... Car retenez bien ceci, chère amie...
MADAME GHANTRAINE.
Je vous écoute.
GHANTRAINE.
Pour se permettre, sur la conduite de madame Darlay, la plus petite critique, il faudrait être soi-même une femme tellement irréprochable...
278 l'adversaire
MADAME CHANTRAINE, frappée.
Que voulez-vous dire, mou ami?
CHANTRAINE, la regardant.
Mais rien, chère amie.
MADAME CHANTRAINE, même jeu.
Rien?...
CHANTRAINE.
Rien du tout.
MADAME CHANTRAINE.
Emile I
Quoi?
MADAME CHANTRAINE.
Vous me regardez d'une façon, vous jne faites peur.
CHANTRAINE.
Je vous regarde avec un vif intérêt, mon enfant... et même avec une certaine admiration...
(Jl étend U main comme pour lui tapoter sur les joues. Madame Chantraine se recule instinctivement.) Là, là, ne VOUS
alarmez pas. Les choses sont très bien comme elles sont et ce serait dommage d'y rien changer... Vous me promettez d'être bien gentille?
MADAME CHANTRAINE.
Je vous le promets.
CHANTRAINE.
Et maintenant, venez, mon enfant, partons.
(A pari.) Dire que cette petite femme-là est capable de m'adorer, maintenant !
(Entre Marianne.)
MARIANNE
Comment, vous êtes là! Tout le monde est déjà en voiture : on n'attend plus que vous pour le départ.