ACTE II, SCENE VIII
franchement, et osez me dire que je n'ai pas été pendant quelques instants un être que votre pensée a accueilli... (Elle s'arrache de lui.) Je vous aime ! je vous aime!... Et nous ne sommes séparés que par des préjugés sans grandeur, la peur, indigne de vous, du monde et de Topinion.
HENRIETTE
Defe préjug:és, la pelir de l'opinioii!... ïettez, je n'àUr&is pAs Voulu vt>us ié dite, mais vrtticdeiit vous m'y forcez!... Ah! si j'avais été âitnée sincèrement, ardemmeiit, pér un homme pauvre et malheureux^ aui^it-il plus que vous quitté le droit chemin ; aurait-il commis des actions plus graves?... Dieu sait qlle ce ti'est pas sa pauvreté et àa déchéance qui auraient pu retenir mon coéiir ! Ses fautes^ je leé lui aurais pardonnées ! . . . L'&motir paye tbus les sacrifices ! Mais entre vôlis et moi, Tabîme, c'est votre fortune^ c'est l'argeht que vous avez gaghé! et gagné comment?... Osez dt>ne hie le dire à votre tour... Ah ! quand je songe à Thomtoe que vous auriez pU être, à ce que vous auriez pu faire avec votre intelligence et votre force, à ce qu'une femme aurait pu trouver en vous!... Non, c'est douloureux...
c'est trop douloureux!... Et, si vpus n'avez pas de remords, c'est que décidément nous n'avons pas la même conscience. Ah ! oui^ certes ! il peut être beau, parfois, de se révolter contre la société, côntte la règle et ce que vous appelez dédaigneusement les préjugés. Mais alors, que ce soit pour faire de grandes choses et non pas pour devenir le chef d'un mauvais lieu et d'une entreprise louche!... Eh bien, aUjoui'd'hui, vous avez de l'argent» gardez-le ! Je n'en veux ni pour moi ni pour mon fils!... Àh! le pauvre petit!... Vous
seriez vraiment pour lui un ami et un conseiller, et vous lui apprendriez à votre façon, je pense, les règles de la vie et la noblesse des sentiments ! Non, non! ce n'est pas moi qui, par ma lâcheté, mettrai dans ma famille la première tare !
PIÉGOIS, violemment.
Votre famille... Ah çà ! est-ce que vous vous imaginez que c'est quelque chose d'extraordinaire, votre famille! Mais elle sera peut-être demain plus tarée que moi ? Vous ne la connaissez pas !
HENRIETTE
Sortez!... (Appelant au fond.) Mauricel
PIÉGOIS.
C'est ça... Appelez votre frère!... Votre frère qui a essayé tout à l'heure de m'extorquer un million, à moi, le chef d'une entreprise louche et d'un mauvais lieu!... Tenez, en voilà un qui donnera de bons conseils à votre fils ! et qui la lui apprendra la noblesse de sentiments. C'est le type de l'honnête homme pour vous! Eh bien! il est joli!...
HENRIETTE, indignée.
Oh!
(Apparaît Jantel par la baie du fond. Elle s'arrête.)
JANTEL, les regardant, et à Plégois en tirant sa montre et en déposant son chapeau sur la table.
Comment, Piégois, vous êtes encore là?... Mais il faut partir, mon ami. Nous n'avons que le temps, dépêchons-nous !
PIÉGOIS.
Vous partirez sans moi, mon petit... Adieu !