ACTE II, SCÈNE VIII
HENRIETTE
Je n'en ai pas d'autres, et si j'en ai, elles m'appartiennent.
PIÉGOIS.
Ecoutez-moi... écoutez-moi... Les obstacles qu'il y a entre nous, les obstacles plus ou moins insurmontables, ie les connais. Le métier que j'exerce? Mais... d'abord, je ne vais plus l'exercer. Je vais tout disperser ici, tout balayer, c'est fini ! Qu'une union entre une femme de votre monde, de votre rang et moi, n'en reste pas moins disproportionnée et insolite, j'en conviens. Je ne réfléchis qu'à ça... je me le crie toute la journée... Je sais tout ce qu'on peut dire et tout ce qu'on vous a dit de moi ! Que je suis en marge de la société, puisque je ne suis ni fonctionnaire, ni médecin, ni ingénieur; que, pendant toute ma jeunesse, j'ai roulé dans Paris, gagnant ma vie comme je pouvais, et ce n'était pas toujours commode! Que je suis par conséquent un irrégulier et un déclassé, tandis que vous appartenez, vous, à la plus haute, à la plus vieille et à la plus fière bourgeoisie!... Oui, c'est vrai!... Mais enfin, ils n'existent plus les grands abîmes sociaux qui séparaient les gens autrefois! Et entre le déclassé et la bourgeoisie,- on ne peut pas recommencer pourtant la vieille histoire de la fille noble qui repoussait un manant !
HENRIETTE
Eh ! monsieur... Vous cherchez à mon refus des raisons générales, sociales, et qu'il ne me convient pas de discuter avec vous... Vous oubliez peutêtre la plus simple et la plus profonde... une raison qui n'a aucun rapport avec les vieux conflits de la bourgeoisie et de la noblesse... Vous m'aimez, vous, c'est possible!... Eh bien! et moi?
398 MONSIEUR PlÉCiOlS
PIÉGDiS.
Vous!
HENRIETTE
Mais oui, moi... Je compte, je suppose !
Vous!... Tenez... J'é suis sûr cjue si j'étais un homnié de Votre niotidiô, uû monsieur quelconque rencontré dans un salon^ voUs, votts lie me répousiseriez pas!...
HENRIETTE
Par exemple!... Et qu'en savez-vous?
PÏÉGOIS.
tl la première fols que nous UôUs soblttles vus, je Tai compris!... Oh! je n*ai pa$ de fatuité, allez!... C'est le hasard, c'est le mystère!... Entre un homme et une fenittie dont lé cœur est libre, quel que soit cet homUie, quelle qUô soit cette femme, il y à toujours à la première iPBiicohtre Uh regard échangé, Un regard cjui contient, sans qu'ils sans doutent parfois ni l'un tii l'àUlre, une provocation sécrète et un appel!... C'é regard, nous l'avons échangé, oui... Nous avons communiqué brusquement énsenlble!... Et déduis, daiis nos conversations, dans les quelques prbmehades que nous avons faites, où vous m'avez laissé Vous accompagner, je vous ai Sentie de jour en jour près de moi, troublée et nerveuse, luttant contre vous-même, comprenant que je vous aimais!
HENRIETTE
C'est inseiisé!... Taisez- vous!... Je he veux plus que vous Ule disiisz un mot! De quel droit?... Allez-vôus-en !
PlfeGOIS, lui pretianï le ht-às.
Mais regardez donc en vous-mêiné, loyalement,