ACTE III, SCÈNE VI
HENRIETTE
Je ne sais pas, ma chère Louise, s'il y a de rironie dans vos paroles. Quant à moi, je vous jure que je n'ai aucune arrière-pensée. Je sens que monsieur Piégois ne revienqra jamais chez nous tant que je n'aurai pas fait cette démarche auprès de lui, et après l'inoubliable service qu'il nous a rendus, il mérite que je la fasse, voilà pourquoi je vous ai accompagnée ce soir ici, ma chère Louise, pas pour autre chose.
MADAME JANTEL.
Vous n'avez pas besoin de tant insister. Je vous taquine bien quelquefois à propos de Piégois, mais sans mauvaise intention, je vous assure. Je ne partaee pas du tout l'opinion de ceux de nos amis qui prétendent que vous l'aimez comme une folle...
HENRIETTE
Moi!... On dit?
MADAME JANTEL.
On le dit, et on me le dit. Mais je réponds que vous avez au contraire pour Piégois une aversion véritable. C'est bien cela, n'est-ce pas?...
(Madame Janlelf après un assez long silence d'Henriette, changeant de ton et lui prenant les mains,) Ma paUVre Henriette!... Quelle lutte insensée vous soutenez contre votre propre cœur !
HENRIETTE
Ah ! Louise, Louise! vous voulez donc me forcer à avouer que je suis malheureuse! et troublée! et bouleversée! Et que mes chères idées d'autrefois étaient celles d'un enfant pas encore entré dans la réalité! J'ai vu depuis à quoi tenaient la probité, l'honneur, et j'ai compris qu'à l'origine de toutes les fortunes, il y a peutêtre les mômes impuretés et les mêmes scan-
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dalcs... Si j'avais su cela plutôt, j'aurais fait comme tout le monde, comme tous ces gens qui sont là, tenez, qui dansent et qui s'amusent, mêlés les uns aux autres, ne suivant que leurs désirs et ne cherchant que la joie, et j'aurais pris tout de suite Thomme que j'aime... oui, Louise, c'est vrai, l'homme que j'aime, sans me soucier de sa condition et de ses vertus. Je suis punie de ma naïveté et de mon ignorance de la vie. Et maintenant, il est trop tard.
MADAME JANTfiL.
Mais non, ma pauvre amie, il n'est pas trop tard,..
HKWIETTP.
Je lui ai dit des mots qui nous séparent à jamais.
MADAME JANTEL.
Vous attachez beaucoup trop d'importance à ces mots-là, et en général à une foule de choses,
{)ermettez-moi de vous le dire. En tout cas, dans a situation où vous êtes aujourd'hui, monsieur Piégois et vous, vous ne pouvez pas éviter une explication, une sérieuse et loyale explication.
points
toutes les deux inviter Piégois à dtner, invîtez-le toute seule... Tenez, j'aperçois Lebrasier qui lui dit que nous sommQs ici. Je vous laisse; je vais chercher mon mari..,
HENRUÎTTK.
Louise, je vous en prie...
MADAME JANTEL.
A tout à. l'heure, à tout à Theurè...
(Elle sort à droite, laissant seule un instant Henriette. Entre Piégois par le fond.)