SCÈNE VII HENRIETTE, PIÉGOIS
HENRIËtTE, êUî* un gêtle d'étonne$fiBnt d« PiëgoU qui lA êûlue.
C'est moi, oui, monsieur. Mon frère m'a appris Tassociation que vous avez contractée. Je sais aussi tout ce que nous vous devons. Si I si ! je sais ce que vous avez fait et ce que vous avez risqué. Bans vous, mon frère était perdu, et c'eût été pour moi une douleur bien cruelle* Je ne veux pas pénétrer au fond des sentiments qui vous ont fait agir, je ne veux voir que le résultat et vous en exprimer ma très vive gratitude*
PIEGOIS, sèchement.
Je vous en prie, madame,., o'e^t inutile» Je suis un homme d'argent, un homme dWair^s»
Je n'ai consulté que mon intérêt,
HENRIETTE
Non, monsieur.,. Mais peu importe. Je n'aurais
f>as été en paix avec moi-même si je n'avais pas ait cette démarche auprès de vous. Nous allons nQU§ rencontrer souvent, et il faut effacer, n'estrce pas, avec de la loyauté, de la franchise, les paroles violentes que nous avons prononcées Tautrè jour. Je comprends maintenant la colère qui vous a saisi. Elle m'avait révoltée, elle me semblait une vengeance de mon refus, une vengeance brutale et indigne. J'ignorais ce qui s'était passé entre mon frère et vous; je reconnais que j'ai été trop loin, moi aussi. J'ai eu tort... Oh I j'ai eu tort... J'ai des idées, ou plutôt, hélas ! j'avais des
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idées trop absolues, trop rigoureuses. Je vivais dans un rêve que je regrette un peu, je ne vous le cache pas. J'avais bien éprouvé des douleurs, de langoisse, mais je n'avais jamais vu de drame réel éclater autour de moi. Oui... oui... En effet, il y a l'imprévu... Me voilà devenue plus raisonnable, plus indulgente. Oublions donc, moi, votre emportement, vous, ce que j'ai pu dire d'excessif et d'injuste.
PIÉGOIS.
Je n'ose pas vous promettre d'oublier aussi facilement que vous. Votre rencontre a été dans ma vie un trop gros événement ; il m'a fallu, pour renoncer à vous, pour m'avouer à moi-même que j'étais décidément indigne de vous, un trop énergique effort de volonté... Oh! ça été très dur... J'ai passé par toutes les phases, j'ai envisagé toutes les combinaisons avant d'en arriver là, même celle de vous épouser un jour, en profitant de l'espèce de reconnaissance que votre famille a pour moi. Mais c'était trop loin du rêve que j'avais fait... Nonl non! nous valons l'un et l'autre mieux que ça... Alors, il ne me restait qu'une ressource : essayer de me guérir peu à
f>eu, heure par heure, par le travail, par la Jbanaité de la vie, par 1 absence de secousses et d'émotions... Et voilà pourquoi j'ai pris une résolution... assez grave que je vais annoncer ce soir même à monsieur Jantel.
HENRIETTE
Ah !... (Un temps.) Et cette résolution?
PIÉGOIS.
Oh! mon Dieu, je n'ai aucune raison de vous la cacher. J'épouse mon amie... cette personne que vous avez rencontrée déjà quelquefois.