‹ Theatre Complet IV La Chatelaine L'Adversaire Monsieur PiegoisChapitre 260 sur 272 · ACTE III, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VII

HENRIETTE, très troublée, cachant son émotion.

Oui... oui... en effet .. je Tai rencontrée...

PIÉGOIS.

J'espère ainsi arriver à la pjuérison... Et puis, si je n'y arrive pas, tant pis, nous le verrons bien. Mais je commence à croire que j'y arriverai.

HENRIETTE

N'en doutez pas, si tant est que vous soyez si malade; je n'en suis pas aussi convaincue que vous.

PIÉGOIS.

Je n'ai pas dit cela pour vous laisser des remords.

HENRIETTE

Raisonnablement, je ne peux guère en avoir ni même croire beaucoup à vos soufifrances. Vous traitez votre douleur par un mariage immédiat avec une femme qui vous, adore, dont vous comblez les vœux, qui vous est entièrement dévouée et vous fera la vie la plus agréable. Vous allez avoir des occupations qui vous intéresseront certainement, toute une existence nouvelle à vous créer. Vous serez entouré d'amis qui vous ont de grandes obligations et qui ne l'oublieront pas. Voilà un avenir devant lequel il n'y a pas de quoi se décourager... J'espère que vous nous présenterez bientôt votre femme : soyez sûr que nous nous efforcerons de lui plaire.

PIÉGOIS.

Vous présenter ma femme!... Oh! ce n'est pas possible.

HENRIETTE

Et pourquoi ?

PIÉGOIS.

Parce que... parce que c'est une personne trop

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simple... d*tme éducation qui me suffit à moi, mais qui ôst ua peu trop ruaimsntaire pour votre monde et vos relation». Elle a été ouvrière, figurez-vous?...

HENRIETTE

C'est une femme de ^rand cœur. Lebresief me Ta dit souvent, et très mtelligente des chose» de la vie. Elle a les qualités les plus rares, cellea qu'on n'acquiert pas. Les autres lui viendront vite.

PIÉOOIS.

Je ne veux pas l'exposer à une pareille aventure... Oh! la pauvre petite, elle aurait une drôle de figure!... Non! non! pas d'humiliation!.,.

HËNt\IETTE.

Humiliation?... Comment! vous me croyez ca-

gable de chercher à humilier votre femme?...

>h! vous le croyez?...

PIÉGOIS.

Il est inutile en tout cas de Vy exposer.

HENRIETTE

mol ce que vous diteS'là!

PIÉOOIS.

Je n'avais pas cette Intention, je vous prie de m'excuser...

HENRIETTE

Décidément, voua vous faites de moi une étrange opinion ! J'en ai de la peine^ beaucoup de peine... Oui...

(Elle a la voix étranglée.)

Mais c'est presque insultant pour )us diteS'lài

PIÉGOIS, vivment.

Qu'avez- VOUS?

HENRIETTE

Je suis émue..* très émue..< car moi, qui aui^ais

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tant désiré qu'apfès ces tristes choses nous devenions des amis, de grands amis, je sens que, malgré tout, vous allez bientôt me détester...

PIÉGOIS.

Moi?

HENRIETTE

Mais oui» vous.,< Et il y a encore de la colère dans votre voix et de la rancune dans votre cœur.

PIÉGOIS.

De la rancune contre vous, eu moi ! (S'approchant.) Vous savez bien qu'il n'y a qu'une passion toujours plus ardente et qui briserait tous les engagements et tous les liens si vous disiez un mot !

HENRIETTE

Si je disais ce mot, si j'étais la cause d'une pareille douleur pour une créature de dévouement et de tendresse comme votre amie, je commettrais^ une infamie véritable! Je nous laisserais un affreux remords h tous les deux! Non! non! acceptons bravement les conséquences de notre vie passée, de nos idées, de la situation oix le hasard nous a si brusquement placés. Rien de tout cela ne peut plus se changer aujourd'hui, il est trop tard. Vous le comprenez aussi bien que moi.

Epousez cette femme qui vous aime : je vous serai à l'un et à l'autre une amie dévouée et utile... oui... utile, vous verrez. Et vous allez me la faire connaître tout de suite, puisqu'elle est ici. Je serai très gentille et très amicale avec elle et elle aura beaucoup d'affection pour moi. Allez me la chercher,.. Je vais l'attendre avec ma belle-scQur et nous la mettrons bien à son aise,,. (Lui tendant Umain.) Âlors^ c'est ftni? plus d'amer-^ tuine et plus de colère?

432 MONSIEUR PIÉGOIS

PIEGOIS, lui prenant la main.

Oui... c'est fini... Tout est fini...

HENRIETTE

Non, car il vous reste, à vous, toute une vie très heureuse et très douce à parcourir... f Avec émotion.) AUcz! allez!

(Entre madame Jantel par une baie. Piégois la salue et sort.)

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