ACTE II, SCÈNE II
JOSSAN.
Là, j'y suis... Eh bien! Je me sens incapable de demander la main d'une jeune fille. Les mots hésiteraient sur mes lèvres.
CLOTILDE
Je ferai la demande pour toi.
LE BARON
C'est très simple. On s'approche du père et on lui dit : « Monsieur, j'aime mademoiselle votre fille et j'ai l'honneur de vous demander sa main. »
JOSSAN.
La plupart du temps on n'aime pas la jeune fille.
LE BARON
Et on vous accorde sa main tout de môme.
C'est comme ça que nous nous sommes mariés.
CLOTILDE
Mais nous nous sommes aimés depuis, n'est-ce pas, mon ami?
LE BARON
Au bout de deux ans, si ma mémoire ne me trahit pas.
CLOTILDE, à son frère.
Alors?...
JOSSAN.
Alors, nous en reparlerons.
CLOTILDE
Quand?
Eh bien! par exemple, au décès de madame de La Baudière.
LE BARON
Ah ! ah ! Le fait est. .
62 LA CHATELAINE
CLOTILDE
Madame de La Baudière est une femme très remarquable.
JOSSAN.
Les femmes très remarquables sont très dangereuses comme belles-mères.
CLOTILDE
D'ailleurs, elle ne vivrait pas avec vous.
JOSSAN.
Mais elle vivrait.
CLOTILDE
Voilà des plaisanteries de bon goût!
JOSSAN.
Je les retire... Mais regarde-moi donc, ma pauvre enfant, sais- tu quel âge j'ai?
CLOTILDE
Pardi ! trente-six ans.
JOSSAN.
Et Lucienne en a dix-huit, juste la moitié.
Quand elle en aura trente et qu'elle ne rêvera que plaies et bosses, moi j'en aurai quarante-huit, qui est un âge de repos et de philosophie. Non, non, la jeune fille de dix-huit ans, c'est bon pour les jeunes gens de vingt-cinq ans. Tout ce petit monde ignore ce que c'est que la vie et le mariage. Ils l'apprennent en même temps, lis sont comme des écoliers qui font leurs classes ensemble. Ils sont souples. Ils peuvent se bousculer, se jeter par terre, se faire des bleus. Ça ne reste pas. Moi, ça resterait.
CLOTILDE
Tu ne trouves donc pas exquis d'être l'éducateur, le professeur d'une jeune fille qui?...