ACTE II, SCÈNE XIII
Et après? quel déshonneur y a-t-il, si mon amour est noble et ardent? La fortune que j'ai, je Fai durement conquise, et je vous l'offre parce que cela me plaît, et vous l'accepterez, non parce que vous êtes intéressée, mais parce que vous êtes généreuse. Oh! mon amie, il y a des sentiments
3ui ne sont pas dignes de vous... Oui, l'argent a étruit et souillé bien des amours, mais c'étaient des amours suspects et frivoles; sur le nôtre, il serait impuissant. En cela, il faudrait penser comme ces belles châtelaines d'autrefois, qui vivaient entre ces murs où nous sommes. Elles n'étaient pas aussi raffinées que nous. Elles dépensaient l'or et l'amour sans compter. Elles les donnaient l'un et l'autre comme elles les recevaient, sans honte, avec toute la violence de leur cœur. Et quand elles couvraient leur amant de baisers, de pistoles et de doublons d'Espagne, elles n'y mettaient pas de subtilités ni de scrupules, elles ne songeaient qu'à lui rendre l'amour et le combat plus faciles.
THÉRÈSE, lui tendant la main.
Mon ami, mon ami !... Laissez-moi ne pas vous répondre tout de suite. Laissez-moi penser un peu à vous et à ce que vous m'avez dit...
Oui... Oui... à bientôt... A demain... Je ris
Êarce que je me figure cette bonne madame de La audière qui m'attend dans le parc avec anxiété... Savez-vous, comment son mari l'appelle ? Catherine de Médicis. Me voyez-vous ayant pour bellemère Catherine de Médicis ? Allons ! allons, nous commençons à dire des bêtises... C'est signe que tout va bien... A demain...
(H baise la main de Thérèse et sort.)
94 LA CHATELAINE