‹ Theatre Complet IV La Chatelaine L'Adversaire Monsieur PiegoisChapitre 66 sur 272 · JOS8AN · texte numérisé non relu

JOS8AN

Vous ajouterez que je vais revenir pour ce qu'il sait.

LUCIENNE

Pour ce qu'il sait?

JOSSAX.

Au sujet de ma lettre de ce matin. Car votre père a dû recevoir une lettre de moi, ce matin?

LUCIENNE

J'étais là quand il Ta décachetée.

JOSSAN.

Ah!

LUCIENNE, riant.

Et si vous lui avez écrit cette lettre pour le mettre en colère, je crois pouvoir vous dfire que vous avez joliment réussi.

JOSSAN, riant aussi.

Parfait. Qu'est-ce qu'il a dit?

LUCIENNE

Dès les premières lignes il s'est écrié : « Ça, par exemple, c'est trop tort ! Ils ont fait une chose pareille sans me consulter? Ils me le paieront ! »

Très bien.

LUCIENNE

Puis il m'a demandé : « Ta mère est dans sa chambre? » et sur ma réponse affirmative, il a fait quelques pas comme pour aller lui parler. Mais alors il a continué la lecture de votre lettre et il s'est calmé tout à coup en murmurant : <( Il a raison... oui... il a raison. » C'est de vous qu'il parlait cette fois-ci.

124 LA CHATELAINE

JOSSAN.

C'est de moi.

LUCIENNE

Ensuite, il a retroussé sa moustache et il m'a embrassée.

JOSSAN.

Il a bien fait.

LUCIENNE

Sur ces entrefaites, mère est entrée et papa a mis tranquillement votre lettre dans sa poche. « Qu'est-ce que c'est que cette lettre? » a demandé mère. Et papa a répondu d'un air détaché : « C'est sans importance, » n'hésitant pas à me donner ainsi le plus dangereux exemple de dissimulation entre mari et femme. Et maintenant, monsieur, tenez-vous à savoir pourquoi je me livre en votre faveur à ce léger espionnage?

J'y tiens absolument.

LUCIENNE

D'abord, c'est parce que, en confiant votre procès à monsieur de Méray vous lui rendez un grand service et à moi aussi, par conséquent, puisque monsieur de Méray et moi nous voulons nous marier, et que cela facilitera peut-être notre union.

JOSSAN.

Je me suis adressé à monsieur de Méray, parce que c'est un avocat de grand talent.

LUCir:NNE.

Vous n'en savez rien, puisque vous ne l'avez jamais entendu plaider et qu'il n'a pas une grande réputation. Vous lui confiez votre procès, au risque de le perdre, par sympathie pour moi, je l'ai parfaitement deviné.

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