ACTE IV, SCÈNE I
JOSSAN.
C'est vrai, pourtant, que j'ai beaucoup de sympathie pour vous.
LUCIENNE
Je n'ai même pas deviné que ça.
JOSSAN.
Et qu'avez- vous deviné encore?
LUaENNE.
Qu'on essayait de nous marier et que cette idée ne vous allait pas du tout...
JOSSAN.
Permettez, mademoiselle...
LUCIENNE
Mais c'est tout naturel. D'ailleurs, moi-même, quoiqu'il n'y ait pas une jeune fille qui ne doive être lière de porter votre nom, je me serais vue dans l'obligation de refuser. Que voulez- vous? On n'est pas maître de ses sentiments. Vous m'excuserez, n'est-ce pas?
JOSSAN.
Vous êtes délicieuse.
LUCIENNE
Pendant que j'y suis, je vais vous dire encore quelque chose. J'ai compris d'après des mots entendus, de-ci, de-là, que vous n'aviez pas ici que des amis. Eh bien! si vous avez besoin d'une petite alliée, ne vous gênez pas, je suis là.
JOSSAN.
Merci, mademoiselle Lucienne. J'accepte. Et je vais en profiter tout de suite en vous priant de me donner un simple renseignement.
LUCIENNE
Voyons.
126 LA CHATELAINE
Savez- VOUS si votre cousin, monsieur de Rive, quitte ce soir Angers, et à quelle heure?
LUCIENNE
II devait partir par le train de cinq heures.
JOSSAN.
Ah!
LUCIENNE
Mais il ne part plus.
JOSSAN.
Vous en ôtes sûre?
LUCIENNE
En tout cas, pas aujourd'hui.
JOSSAN.
Et pourquoi, si ce n'est pas trop indiscret?
LUCIENNE
Il n'y a pas d'indiscrétion. On est allié ou on ne Test pas. II ne part plus à cause de vous.
JOSSAN.
De moi?
LUCIENNE
Oui. Hier soir, après dîner, il a eu une longue conversation avec ma mère... Papa était allé se coucher. Moi, je passais dans le couloir pour monter dans ma chambre. Vous pensez que je n'ai pas écouté à la porte, quoique j'en eusse un peu envie. Mais il y a des choses qui ne se font
Eas. Néanmoins, comme mon cousin parlait très aut et d'une voix presque furieuse, j'ai entendu ces mots : <( Je vous jure que j'aurai, coûte que coûte, une explication avec monsieur Jossan!..» J'irai le trouver ce matin* y