‹ Theatre Complet IV La Chatelaine L'Adversaire Monsieur PiegoisChapitre 71 sur 272 · SCENE m · texte numérisé non relu

SCENE m

JOSSAN, LA BAUDIÈRE.

LA BAUDIÈRE.

Ah! mais nous allons voir!... Vous savez que depuis que j'ai reçu votre lettre je ne décolère pas. Devinez ce que j'ai rêvé tout à l'heure en faisant ma sieste?... Oui, en effet, vous ne pouvez guère... Mon cher, j'ai rêvé que je flanquais des calottes à ma femme, moi, La Baudière! Ce n'était qu'un rêve, malheureusement.

JOSSAN.

Madame de La Baudière ne vous avait rien raconté hier soir?

i30 LA CHATELAINE

LA BAUmÈDË.

Absolument rien. Elle était arrivée de SaUveterre de fort méchante humeur ; elle avait les sourcils froncés et Tair menaçant. Mais elle prend cet air-là pour la moindre des choses et je n'y avais même pas fait attention.

JOSSAN.

Et votre neveu ?

LA BAUDIÈRE.

En le voyant avec son fils, j'ai cru tout bonnement qu'il voulait le garder vingt-quatre heures avec lui, du consentement de Thérèse^ bien entendu. Qui aurait imaginé une histoire pareille? Ils me le payeront tous les deux. Je ne sais pas comment, mais ils me le payeront! Nous empêcherons cette insanité. Avez-vous un plan?

JOSSAN.

Oui, mais d'abord, il faut que je vous explique pour quelle raison je prends tant d'intérêt...

LA BAUDIÈIU:.

Ah! mon cher ami, c'est bien inutile... Je le sais.

JOSSAN.

Ah!

LA BAUDIKRE.

Vous aimez Thérèse, et comme je vous comprends! Vous l'avez même aimée cinq minutes environ après l'avoir vue.

JOSSAN.

Oui, à peu près.

LA BAUDIÈRE.

Je me trompe peut-être d'une minute ou deux, mais ça m'étonnerait. Je l'ai deviné tout de stiite et j'en ai été très heureux.

ACtB IV, SCÈNE III iâi

JOSSAN.

Vraiment?

Ma parole, j'ai pouf vous la grosse affection. Quand tous aurez épousé Thérèse^ il ne faudra pas m'oublier. Vous viendrez me voir de temps en temps?

JOSSAN.

Je Vous promets, La Baudière, que ie viendrai tous les étés faire une partie de bnlàrd avec vous.

LA BAUDIÈRE.

Bravo \ Cfctte affaire-là est capable de me rajeunir de dix ans.

JOSSAN.

N'en doutez pas. Mais seulement pour cela...

LA BAUDIÈRE.

En effet. Voyaas votre plan, car il faut nous dépêcher. Mon animal de neveu prend le train de cinq heures, je crois, et d'après ce que vous me dites, il emmène le petit.

JOSSAN.

Il ne part pas aujourd'hui.

LA BAUDIÈRE.

Comment ça?

JOSSAN.

11 me cherche.

LA BAUDIÈRE.

Vous?

Moi.

LA BAUDIÈRE.

Et pourquoi faire?

JOSSAN.

Mais je suppose que c'est pour me provoquer...

132 LA CHATELAINE

LA BAUDIÈRE.

Morbleu !... Si je savais cela !...

JOSSAN.

Chut! N'empêchez rien, c'est excellent. D'abord, ça retardera son départ de deux ou trois jours...

LA BAUDIÈRE.

Si vous croyez que je vais vous laisser battre en duel avec cet idfiot !

JOSSAN.

Nous n'y arriverons qu'à la dernière extrémité, rassurez-vous. Et nous n'y sommes pas encore. Je connais ces natures-là. J'en ai rencontré beaucoup et j'y ai réfléchi depuis hier. Elles ne sont pas foncièrement mauvaises.

LA BAUDIÈRE.

Qu'est-ce que ça serait, si elles l'étaient!

Elles ne sont devenues mauvaises et dangereuses que sous l'action des circonstances et de la vie. Mais le fond primitif est bon, il est quelquefois même très bon. Thérèse m'a raconté sa conversation avec son mari ; cet homme n'est pas ce que je croyais : il est surtout malheureux. J'aime mieux avoir afl'aire à un homme comme votre neveu qu'à un hypocrite ou à un poltron.*

LA BAUDIÈRE.

11 n'est ni l'un, ni l'autre, c'est vrai. D'ailleurs, j'ai remarqué qu'il n'a pas l'air bien fier de ce qu'il a fait, ce monsieur.

JOSSAN.

Et pour nous résumer, puisqu'il me cherche, et qu'il finira nécessairement par me trouver,

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