ACTE I| SqÈNE III
MARIANNE
Allons donc!
MADAME BRÉAUTIN.
Tu es sûr?
BRÉAUTIN.
La nouvelle vient de nous arriver tout à l'heure, dans les couloirs de la Chambre... (A sa femme:) Tu n'as jamais voulu Finviter à dtner, tu en avais le pressentiment.
Quand tu me verras faire de ces gaffes-là!
MARIANNE
Et à la suite de quoi, cette arrestation?
BRÉAUTIN.
A la suite de la séance d'hier, à la Chambre... C'est Lardier qui interpellait, ce qui était déjà mauvais pour Limeray. Lardier est un homme très vertueux qui est toujours au courant de tous les scandales. Il a fait un véritable réquisitoire contre Limeray, l'accusant de tripotages. D'autres orateurs ont pris sa défense, il est vrai. Ils ont fait valoir qu'il avait rendu de grands services à l'industrie française. La Chambre était très partagée, le Gouvernement assez hésitant. On Ta mis en demeure de se prononcer, il s'est prononcé
t)Our l'arrestation. Dans ces cas-là, c'est le parti e plus sage, parce qu'il donne tout le temps de la réflexion. L'affaire, d'ailleurs, ira très vite : Limeray passera en Cour d'assises le mois prochain.
MARIANNE
11 a déjà choisi son avocat?
BRÉAUTIN.
On parle de Plan tin.
168 l'adversaire
MARIANNE
Naturellement, quand il y a une affaire retentissante ! . . .
BRÉAUTIN, prenant congé.
Ah! maintenant, j'ai un rendez-vous (A madame Grécouri:) Aurai-je le plaisir de vous revoir pendant votre séjour à Paris?
MADAME GRÉCOURT
On pourrait dîner ensemble un de ces jours?...
MADAME BRÉAUTIN.
Cette semaine, voulez-vous?...
MADAME GRÉCOURT
Avec plaisir!...
(Entre Rosalie, qui remet une carie à Marianne.)
ROSALIE
Pour Monsieur...
MARIANNE, lisant.
Limeray!... C'est impossible!... Limerayl...
(A Rosalie:) C'est quelqu'un qui vient de la part de ce monsieur, n'est-ce pas?
ROSALIE
Non, c'est ce monsieur, lui-même.
MARIANNE
Et où est-il?...
ROSALIE
Je l'ai fait entrer dans la bibliothèque.
MARIANNE, à Brëautin.
Vous disiez que ce matin?...
BRÉAUTIN.
Il a dû être remis en liberté provisoire... Ça arrive très souvent dans ce genre d'affaires...