Par leur désaccord
Verraient trop que mon cœur ne les a point poussés *.
0 ciel! combien de fois je l'aurais éclaircie *,
Si je n'eusse à sa haine exposé que ma vie, 730
Si je n'avais pas craint que ses soupçons jaloux
N'eussent trop aisément remonté jusqu'à vous!
Et j'irais l'abuser d'une fausse promesse ?
Je me parjurerais? El par cette bassesse...
Ah! loin de m'ordonner cet indigne détour, 755
Si votre cœur était moins plein de son amour,
Je vous verrais sans doute en rougir la première.
Mais, pour vous épargner une injuste piière,
Adieu : je vais trouver Koxane de ce pas ',
Et je vous quitte *.
ATALIDE
Et moi, je ne vous quitte pas =. 760
Venez, cruel, venez, je vais vous y conduire; Et de tous nos secrets c'est moi qui veux l'instruire. Puisque, malgré mes pleurs, mon amant furieux ® Se fait tant de plaisir d'expirer à mes yeux, Roxane, malgré vous, nous joindra l'un et l'autre. 765
Elle aura plus de soif de mon sang que du vôtre ^-j Et je pourrai donner à vos yeux effrayés Le spectacle sanglant que vous me prépariez *.
I. « D'où sortent-ils alors, si ce sont de vrais soupirs? Mais non, ce sont des soupirs métaphoriques, dont ce même Racine peut dire {Alexandre, v. 13i7j :
De Taille appuyons les ^oupiri.
Ce qui ne signifie qu'une chose : prétons notre appui à l'amour de Taiile qui s'exhale par des soupirs. » (il. SiJicBv, le Temps, Chronique théâtrale du 7 juillet 1873.) •
i. Ces vers ont pour but de relever à nos yeux Bajazet, en montrant pour quelles causes il a\ait consenti à s'abaisser à une feinte indigne de lui. — Pour éclaircir, voir Ph cire, note du vers 1450.
3. Si les gardes veulent le ronduire auprès d'elle, car il e?t prisonnier.
4. Apres la prcine de tendrosse que vii.nt de lui donne:- .^^lalido. Bijazel. ii quittant pour jamais, la quille bien froidement. Peut-être Racine l'a-lil voulu ain^^l, pour qu'à l'acte suivant les soupçons Jalous d'Atalide fussent un peu moins déraisonnables.
5. Ce dialogue rappelle un peu celui qui termine le premier acte du Misanthrope :