ACTE III, SCENE IV
Cependant, quand je viens après de tels cfTorts
Cnercher quelque secours contre tous mes remords, 1000
Vous-même contre moi je vous vois, irritée,
Reprocher votre mort à mon âme agitée.
Je vois enfin, je vois qu'en ce môme moment
Tout ce que je vous dis vous touche faiblement'.
Madame, finissons et mon trouljle et le vôtre : 1005
i\e nous affligeons point vainement l'un et l'autre, lloxane n'est pas loin ; laissez agir ma foi-. J'irai, bien plus content et de vous et de moi, Détromper son amour d'une feinte forcée^. Que je n'allais tantôt déguiser ma pensée *. iOlO
La voici ^.
ATALIDE
Juste ciel ! où * va-t-il s'exposer ?
Si vous m'aimez, gardez de la désabuser ■?.
1. Ces vers nous g:àtent un peu la douce Atalide; mais son enfctemcnt est nécessaire pour que B.ijazet, impatienté, d'un mouvement brusque découvre à Roiane ses véritables sentiments.
2. i^Ia fidélité envers vous. — Voltaire, écrivant à La Noue, le 3 avril 1739, citait la fin de ce couplet, avec les vers 58S, 716-718, 756-760, 975-977, et ajoutait : <( Qui aime mieux (pie moi les pièces de l'ilUntre Racine? qui les sait plus par cœur? Mais serais-je fâché que Bajazet, par exemple, eût quelquefois un peu plus de sublime?.... Je vous demande, Monsieur, si, à ce style, dans lequel tout le rôle de ce Turc est écrit, vous reconnaissez autre chose qu'un Français qui s'exprime avec élégance et avec douceur? Ne désirez-vous rien de plus mâle, de plus fier, de plus animé dans les expressions de ce jeune Ottoman qui se voit entre Roxane et l'empire, entre .\talide et la mort? C'est à peu près ce que Pierre Corneille disait, à la |jremière représentation de liajazet, à un vieillard qui me l'a raconté : « Cela est tendre, touchant, bien écrit; mais c'est toujours un Français qui parle. » Vous sentez bien, Monsieur, que celte petite réflexion ne dérobe rien au respect que tout homme qui aime la langue françsise doit au nom de Racine. Ceux qui désirent un peu plus de coloris à Raphaël et au Poussin ne les admirent pas moins. »
3. Remarquons encore une fois ce procédé de style, constant chez Racine, qui consiste à remplacer le nom de la personne par un suljstantif abstrait qui la désigne.
A. Voir Esther, note du vers 839.