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SCÈNE I

ATALIDE, seule.

Hélas ! je cherche en vain : rien ne s'offre à ma vue. 1430

Malheureuse ! comment puis-je l'avoir perdue ' ?

Ciel, aurais-tu permis que mon funeste amour

Exposât mon amant tant de fois en un jour ?

Que, pour dernier malheur, cette lettre fatale

Fût encor parvenue aux yeux de ma rivale ? Ii3j

J'étais en ce lieu même ; et ma timide main,

Quand Roxane a paru, l'a cachée en "^ mon sein.

Sa présence a surpris mou âme désolée;

Ses menaces, sa voix, un ordre m'a troublée ^.

J'ai senti défaillir ma force et mes esprits* : 1440

1. « L'abbé d'Olivet observe ici avec raison que, puis-je l'avoir perdue, qui se rapporte à la lettre, peut également se rapporter à la vue, et qu'on peut cor' riger cette équivoque en transposant ainsi ces deux vers :

Mnlheureii'e î comment imn-je l'avoir perdue? Bulas ! je cherche en vain : rien ne s'oiïre à ma vue;

mais nous pensons que ce désordre convient mieux à la situation d'Atalide. Oii est peut-être un peu surpris que cette princesse, que Roxane l'ait garder à vue, revienne ici seule ; mais Racine, qui prévoyait tout, lui a fait dire à la fin de ce monologue :

On me lient enfermée. •

(Ldneac de BoisjEBMiiN.) On comprend facilement qu'il s'agit de la lettre de Bajazet: on conçoit les angoisses de la princesse, on s'y interesse, et ces deux vers qui ouvrent le cinquième acte de Bajazet ne faisaient point rire Boileau, comme le début du Cyrus de Qulnault, où une Tomyris que l'on ne connaissait pas encore, disait au lever de latoilo :

Qne l'on cherche paitont mes labl-'tles perdues. Et que, sans les ouvrir, elles me soient rendues.

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