ATALIDE, ACOMAT, ZATIME, ZAÏRE
ZAÏRE
Madame-'.
ATALIDE
Hé bien, Zaïre ?
Qu'est-ce ?
ZAÏRE
Ne craignez plus : votre ennemie expire*.
Koxane ?
ZAÏRE
Et ce qui va bien plus vous étonner, Orcan lui-même, Orcan vient de l'assassiner.
ATALIDE
Quoi ? lui ?
ZAÏRE
Désespéré d'avoir manqué son crime, 1670
Sans doute il a voulu prendre cette victime*.
ATALIDE
Juste ciel, l'innocence a trouve ton appui ^, Bajazet vit encor, Visir^, courez à lui.
1. Roxane est déj i morte, et trente vers sciiJement ont été prononcés depuis sa sortie. Corneille n'était pas en droit dr. blâmer cette in\raisen)blanre. lui qui a écrit dans son Discours sur lesiroisuni;és: « J'estime que le cin(|uicme acte, par un privilège particulier, a quelque droit de presser un peu le temps, en sorte que la part de l'action qu'il représente en tienne davantage qu'il n'en Tant pour sa représentation. La raison en est que le spectateur os^t alors dans l'impatience de voir la fin, et que, quand elle dépend d'acteurs qui sont sortis du théâtre, tout l'entretien qu'on donne à ceux qui y demeurent, en attendant de leurs nouvelles, ne fait que languir, et semble demeurer sans action. Les Grecs n'étaient pas au théâtre plus scrupuleux. » — Voir Ph''dre, acte V, scène vi. note 3.
2. On ne peut trop étudier le soin avec lequel est préparée et justifiée l'entrée de chaque personnage : Atalido prisonnière était séparée de Zaïre; la seule vue de cette esclave annonce au spectateur que le parti de Roxane est vaincu. Notons que Zaïre arrive en courant, \oilà pourquoi elle ne peut tout d'abord jeter qui: ce cri ; Madame!
3. Tout cela est de la plus grande habileté. Le spectateur se doute bien que Hajazet n'est déjà plus. Mais comment l'âme d'Atalidc ne s'ouvrirait-elle pis tout entière à la joie ?
i. Zaïre ne sait que la moitié des événements. Le poète reprend habilement l'artilice dont Corneille avait fait, dans JJorace, un emploi si heureux. Var. — Juste ciel, l'inoccnce a trouvé votre appui (167i). Voir les Acteurs, page 32, note 1.