Xipharès oublie qu'd vient de se proclamer criminel
ÎO. Une femme vertueuse, par cola seul qu'elle consent à écouter des propos d'amour, avoue que son cœur est à celui qui les lui tient ; même dans ce cas, elle ne les écoutera pas toujours. Xipharès n'a pas été interrompu ; il est donc sur qu'il n'a pas déplu, et peut continuer sans crainte.
188 MITBRIDATE.
MONIME
Ah! que m'apprenez-vous?
XIPHARÈS
Hé quoi? belle Moniine, Si le temps peut donner quelque droit légitime, Faut-il vous dire ici que le premier de tous Je vous vis, je formai le dessein d'être à vous, Quand vos charmes naissants, inconnus à mon père, iOa N'avaient encor paru qu'aux yeux de votre mère '? Ah! si, par mon devoir forcé de vous quitter, Tout mon amour alors ne put pas éclater-. Ne vous souvient-il plus, sans compter tout le reste'. Combien je me plaignis de ce devoir funeste? 200
Ne vous souvient-il plus, en quittant vos beaux yeux*, Quelle vive douleur attendrit mes adieux? Je m'en souviens tout seul. Avouez-le, Madame, Je vous rappelle un songe efl'acé de votre àme^. Tandis que loin de vous, sans espoir de retour, 205
Je nourrissais encore un malheureux amour. Contente, et résolue à l'hymen de mon père®, Tous les malheurs du fils ne vous affligeaient guère '.
MONIME
Hélas!
XIPHARÈS
Avez-vous plaint un moment mes ennuis*?
MONIME
Prince... n'abusez point de l'état où je suis^. 210
1. C'est ox;ict?ment la situation d'IIarpag-on, do Cléante et de Mariane dans l'Avare de Molière.
2. Se manifester clairement, comme dans le Misanthrope {U , v) :
K ne rien pardonner le pur amour éclate.
3. Cet hémistiche n'est qu'une clieville; cela est rare chez Racine.
4. Expression du langage de la galanterie ; Néron l'avait déjà adressée k Junie {Britannicus, II, iiij :
Pesez en Tou^-méine
Ce ctioix di^ne des suins d'un prince qui vous aime, Digne de vos beaux veux trop lungtemps captives.
5. Quelques vers comme ecux-ci suffisent à raclieter la froideur de ce jiremier acte.
6. 11 y a ici «n latinisme : le premier vers se rapporte non au sujet, mais au régime du second. Le mot hymen vient du grec 'l'ur.v, qui est le nom du Ui'U du mariage ; hyménée de j.aivaio:, chant du mariage. Ces deux mots se rattachent au mot û;ivo;. hymne.
7. Vah. — Tous lis malheurs du fils ne vous occupaient guère. (1G73.)