ACTE I, SCENE I
Quoiqu'à regret, Seigneur, ils marchent sous ses lois, 55
Ils ont à soutenir le bruit de leurs exploits :
Ils ne trahiront point l'honneur de tant d'années.
Mais enfin le succès dépend des destinées.
Si l'heureux Amurat, secondant leur grand cœur*,
Aux champs de Babylone ^ est déclaré vainqueur, 60
Vous les verrez soumis rapporter dans Bysance
L'exemple d'une aveugle et basse obéissance*.
Mais si dans le combat le destin plus puissant
Marque de quelque affront son empire naissant,
S'il luit*, ne doutez point que, fiers ^ de sa disgrâce, 65
A la haine bientôt ils ne joignent l'audace.
Et n'expliquent, Seigneur, la perte du combat
Comme un arrêt du ciel qui réprouve® Amurat.
Cependant, s'il en faut croire la renommée,
Il a depuis trois mois fait partir de l'armée 70
Un esclave chargé de quelque ordre secret.
Tout le camp interdit' tremblait pour Bajazet :
On craignait qu'Amurat, par un ordre sévère,
jS'envoyât demander la tête de son frère '.
ACOMAT
Tel était son dessein. Cet esclave est venu : 75
Il a montré son ordre, et n'a rien obtenu '.
OSMIN
Quoi, Seigneur? le Sultan reverra son visage**, Sans que de vos respects il lui porte ce gage ?
ACOMAT
Cet esclave n'est plus. Un ordre, cher Osmin,
L'a fait précipiter dans le fond de l'Euxin. 8C