MONIME, PHARNACE, XIPHARÈS
PHARNACE
Jusques à quand, Madame, altendrez-vous mon père?
1. Les critiques disent fous, avec Monime clIc-méme {II, i), qu'elle a su cacher à Xipliarcï ses sentiments. Il semble cependant ici qu'elle les explique franchement, sinon clairement. Ou ce vers signifie que Xipharès est trop épris pour cesser (le voir Monime, et alors c'est de la coquetterie ; ou il veut dire que Xipharès ne pourra pas cnipèclier Monime de venir le trouver, et alors c'est un aveu complet. Voir la note du vers 333.
2. Voici un aveu un peu plus clair encore que le précédent, et qui, par sa forme, rappelle celui d'Aricie à Hippolyte {Phèdre, II, m); la jeune tille, à laquelle Hippolyte vient d'offrir son cœur et un sceptre, lui répond :
J'accepte tnus les dons que vous me voulez faire ; Mai? Cri ein|ilre enfin si (;raiid, si glorieux, N'est pas de vos présenls le plus cher à mes yeiii.
3. Xipharès et Monime se sont compris ; ils n'ont plus rien à nous apprendre, et l'arrivée de Pharnace épargne à la pudeur de Monime un aveu plus net.
4. Nous trouvons sous ee titre : lié/lexions sur le costume adoptr au théâtre, dans le Censeur dramatique (1, 515-516) publié à la fin du sièele dernier, quelques lignes, que ne désapprouveraient pas eertains eriti(]ues de nos jours: « On sait que le costume si nécessaire ,a la vérité et au complément de l'illusion a été longtemps horriblement négligé. Jusque vers 1760, on n'avait que deux sortes
190 MITHRIDATE
Des témoins de sa mort viennent à tous moments
Condamner votre doute et vos retardements '.
Veicz, fuyez l'aspect de ce climat sauvage,
Qui ne parle à vos yeux que d'un triste esclavage.
Un peuple obéissant vous attend à genoux 2,
Sous un ciel plus heureux et plus digne de vous-'. 2?0
Le Pont vous reconnaît dès longtemps pour salleine :
Vous en portez encor la marque souveraine;
E t ce bandeau royal fut mis sur voire front
Comme un gage assuré de l'empire de Pont.
M.aître de cet État que mon père me laisse, 235
Madame, c'est à moi d'accomplir sa promesse.
Mais il faut, croyez-moi, sans attendre plus tard*,
Ainsi que notre hymen presser notre départ.
Nos intérêts communs et mon cœur le demandent^.
Prêts à vous recevoir, mes vaisseaux vous attendent, 240
at du pied de l'autel vous y pouvez monter^,
d'habits, plus ridicules que vrais, pour jouer la tragéilie. C'est à Le Kain et à nia- (leiujiselle Clairon qu'on doit les réformes utiles qui se sont opérées dans cette partie. II n'est sorte de sacrifices que les rométiiens n'aient fait pour la porter au point où nous la voyons aujourd'hui .... Les choses sont venues au point qu'en courant après la vérité, on a abandonné l'illusion et la grâce. Les héros forces sont vêtus comme des femmes ; on a fait danser le berger Paris en bonnet rouge, sous prétexte que c'était le bonnet phrygien ;. les vêlements des princesses n'ont plus de majesté ni d'ampleur, et l'on a fini par faire jouer à un acteur estimable et docile le rôle de Gaston eu petite veste et en perruque blonde garnie de boudins. — C'est ainsi que les peintres, sous le prétexte d'une parfaite imitation, et ne voyant jamais que des tableaux et des statues, se sont
emparés du théâtre, ont détruit l'illusion, en voulant la compléter et ont introduit
sur la scène française un costume qui peut ressembler à quelques figures antiques, mais qui choque les yeux des spectateurs modernes, et dont l'ensemble révolte l'œil en outrag.îant souvent la décence. » Le théâtre vit de conventions ; il faut donc en apporter dans le costume comme dans les mœurs; mais il est difficile de trouver un juste milieu entre une imitation trop survile et une fantaisie trop libre.
1. Uacine avait déjà employé dams Andromague (IV, m) ce mot qui est tombé en désuétude :
Tous Tos retardements sont pour moi des refus.
2. 11 est à remarquer qu: le farouche Pharnace, à défaut de la politesse des mœurs, a du moins la politesse du langage : il s'exprime avec une rare élégance.
3. Ce dernier trait est bien choisi pour faire impression sur Monime. La douce fille de rionie regrette le ciel bleu de sa patrie; et si, au moment de portera ses lèvres la coupe empoisonnée (V, ii), sa dernière pensée est pour Xipharès, son avant-dernière est pour le beau pays qui l'a vue naître. Ame tendre et mélancolique, elle n'a pu s'accoutumer au climat barbare dans lequel on l'a traînée.
4. Encore une cheville; cela est d'autant plus regrettable que ci: premier acte ne se soutient que par le charme de la diction et par la grâce des détails.
5. Xipharès ne parle, lui, que de son cœur; mémo s'il n'était pas aimé déjà, ce langage serait plus adroit,