SCENE I
MONIME, PH^DIME
PH.EDIME *.
Quoi? vous êtes ici quand Milhridate arrive, 37S
Quand, pour le recevoir, chacun court sur la rive? Que faites-vous, Madame ? et quel ressouvenir ^ Tout à coup vous arrête, et vous fait revenir ^? N'offenserez-vous point un Roi qui vous adore, Qui, presque votre époux...
Il ne l'est pas encore, 380
Phoedime; et jusque-là je crois que mon devoir Est de l'attendre ici, sans l'aller recevoir *.
PH^DIME
Mais ce n'est point. Madame, un amant ordinaire. Songez qu'à ce grand Roi promise par un père, Vous avez de ses feux un gage solennel, 385
Qu'il peut, quand il voudra, confirmer à l'autel. Croyez-moi, montrez-vous, venez à sa rencontre ^.
MONIME
Regarde en quel état tu veux que je me montre. Vois ce visage en pleurs ; et, loin de le " chercher,
1. On lit dans les Mémoires de mademoiselle Clairon (p. 201) : « Je désire, pmir l'emploi des confidentes, une femme d'un âge fait pour inspirer de la confiance, d'une physionomie sage, décente, ne portant jamais ses regards hors de la scène, et paraissant y prendre assez de part pour tenir son coin dans le tableau, a
2. Vieux mot, qui est passé de mode, et qui ne manquait pas de grâce.
3. " L'intervalle du premier au second acic est absolument inutile. Pourquece repos soit nécessaire et que la scène reste vide naturellement, il faut que tous les acteurs soient occupés hors le théâtre, et que le spectateur attende avec impatience le succès de ce qui les occupe. Ici Phœdime peut très bien dire, immédiatement après le premier acte, tout ce qu'elle dit en ouvrant le second. »
(LuNEAU DB BOISJERMAIN.)
i. Le style de la confidente et ces questions d'étiquette refroidissent une action qui commençait à s'animer.
5. Louis Racine trouve que ce langage n'est guère digne de la tragédie, et il a raison.