SCENE IV
MITHRIDATE, MONIME
MITHRIDATE
Madame, enfin le ciel près de vous me rappelle s,
Et, secondant du moins mes plus tendres souhaits,
Vous rend à mon amour plus belle que jamais. 530
Je ne m'attendais pas que de notre hyménée
Je dusse voir si tard arriver la journée,
Ni qu'en vous retrouvant, mon funeste retour
Fît voir mon infortune, et non pas mon amour*.
C'est pourtant cet amour, qui de tant de retraites o3iî
1 . Arbate, que commençaient à gcner et cet interrogatoire et le ton sur lequel a c'té posée la dernière question, est encli:inté de voir entrer Moninie.
•2. ic Epargnez ina douleur est une phrase commune. Epargnez mes mal/ieurs est de la véritable élégance, de celle des grands écrivains ; mais combien elle a peu de juges ! » (Li Hahpe.)
3. '( Qui ne se souvient de cette atlmirable page d'/fernani, où le viens Don Ruy Gomez exprime son amour à Doiia Sol, s'en excuse, et tire des larmes de. tous les yeux, en lui peignant ses soulTrances ? Rien de plus patliétique que ce morceau :
... Écoute, on n'est pis maitre Dii soi-raênie, amoureux, comme je sui< de loi Et vieux. On e-l jaloux ; on est méclMiit ; pourqnoi T Parce que l'on est vieux; parce quu beiuté, uiâce, Jeunesse, dans autrui, tout tait peur, tout menace; P.iroe qu'on est jaloux des aulres et lionteux De soi. Di-ri-ion. q le cet amour boiteux. Qui Doua remet au cœur tant d"ivre=se et de il mme, Ait oublié le corps en rajeunissant l'âme I
Ces sentiments qu'analyse avec une émotion si profonde le vieux Ruy f.omex sont précisément ceux que Racine prête à Mithridate et qu'il met en action. » (M. Sabcey, le Temps, Clironique théâtrale du 17 février 1879.)