M'éloigne de vous
3. Louis Uaeine veut qu'on lise : Je ne suis point à moi, et déclare que je ne suis point à vous est " une faute grossière d'impression ». C'est la leçon de toutes les anciennes éditions.
4. Tl n'existe dans aucun théâtre un morceau d'une pureté plus exquise et d'un charme plus pénétrant. — Dans la Bérénice de Ses:rais (I, 448), Zénobie repousse aussi Tiridate, qu'elle aime, et dont elle est aimée : « 0url.|ue cruauté dont vous accusiez Rhadami>te, il est plus f.'lorieux à Zénobie de l'aller chercher que de s'arrêter avec son rival. » Et (p. 450) : « C'était pour vous dire un adieu solennel que j'ai souffert que vous me voyiez; je veux partir dès demain; ne TOUS opposez point à la résolution que j'en ai prise, si vous n'avez pris relie de me faire une injure insupportable. » — Imitant Monime, Irène dira à Audronitf dans la tragédie de Campistron (II, iv) :
Avez-voas oublié qu'un «erment solennel
Nous im,)o-e .'i loin deux un silence éternel 7
Qu'il qVsI plus entre nous d'enlrelien légilime,
Qu'un 'eul un>l, un regard, qu'un soupir csl un crime 7
Que ains ce'^se oHenhve à remplir mou devoir.
Je meis tout mon lionheur à ne vous pins revoir,
El. qi.">.l9 que «nient les manx que vous avez à craindre.
Qu'il ne m'est pas permis seulement de vous plaindre ?
5. C'est le cas ou jamais de rappeler ici la belle théorie d'Honoré d'Urfà sur l'amour : « L'amour n'est qu'un désir de be:iuté, et y ayant (rois sortes de beauté, celle qui tombe sous la vue, de laquelle il faut laisser le jugement à l'œil, celle qui est en l'harmonie, dont l'oreille est seulement capable, et celle enfin qui est en la raison, que l'esprit seul peut discerner, il s'ensuit que les yeux, les oreilles, ies esprits seuls en doivent avoir la jouissance. Que si quelques autres sentiments s'y veulent mêler, ils ressemblent à ces effrontés qui ■viennent aux noces sans y être conviés. » {Astrée, II, 132.^