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ACTE I, SCENE I

Et même il a voulu que l'heureuse Roxane, Avant qu'elle eût un fils, prit le nom de Sultane*.

ACOMAT

Il a fait plus pour elle, Osmin : il a voulu

Qu'elle eût dans son absence un pouvoir absolu*

Tu sais de nos Sultans les rigueurs ordinaires : 105-

Le frère rarement laisse jouir ses frères

De l'honneur dangereux d'être sorti d'un sang

Qui les a trop près rapprochés de son rang ^.

L'imbécile Ibrahim *, sans craindre sa naissance, IIq

Traîne, exempt de péril, une éternelle enfance,

Indigne égalem'ent de vivre et de mourir.

On l'abandonne aux mains qui daignent le nourrir^.

L'autre, trop redoutable, et trop digne d'envie,

Voit sans cesse Amurat armé contre sa vie. ■

Car enfin Bajazet dédaigna de tout temps H^

La molle oisiveté des enfants des Sultans".

Il vint chercher la guerre au sortir de l'enfance.

i. On appelait Sultane aseki celle qui avait donné un fils au Sultan. Racine s'est cru obligé de donner ce titre à Roxane; il a pensé que la dignité de la tragédie ne lui permettait pas de prendre pour héroïne une simple femme du harem.

i. Cette régence de Roxane est peu -vraisemblable.

3. Le poète a fait de la préposition de un abus fâcheux dans ces deux vers. — Mairet dans son Grand Solyman (J, i) parle aussi de cette coutume qu'ont les rois de Thrace (c'est ainsi qu'il appelle les Sultans) :

... La loi d'Élat Teut que les Rois de Thrace Commencent de régner par la Pm A^ leur rare, El que, pour s'établir, les bailjares qu'ils sml. Perdent également tous les frères q'i'ils ont.

Ces meurtres étaient légaux en quelque sorte ; on lit dans une lettre inédite de M. de Jlonthoulieu, à propos du meurtre de deux jeunes frèrrs de Murad. égorgés par son ordre en 1635, que l'on se plaignit beaucoup à Cunstantinople de ce <i que l'action avait été faite directement contre les lois et anciennes coutumes de l'empire, qui ne permettaient point à un Grand Seigneur la mort de ses frères, qu'iceluy n'ait des enfants âgés de quatorze ans. » (Bibliothèque de l'Arseual, Traités et ambassades de Turquie, in-V, t. V, p. 142.)

4. Oa sait qn'Ibrahim et Abraham sont deux formes du même nom; voilà pourquoi Voltaire, dans son Mahomet (III, yi), a appelé le père des Juifs Ibraliim.

5. Comme langue, ces quatre vers sont la perfection même. Louis Racine dit ([ue Boileau les citait toujours, lorsqu'il voulait prouver que son ami était encore mieux doué que lui pour la satire. Il aurait dû citer aussi quelques épigrammes, les flèches les plus envenimées qui aient jamais été décochées.

6. Ici Racine va tomber dans une faute fréquente chez Corneille : il va faire de son héros un éloge que nous serons obligés d'accepter sur parole; car ce héros, nous l'entendrons plus parler que nous ne le verrons agir.

4 0 BAJAZKT.

Et même en fît sous moi la noble expérience '.

Toi-même tu l'as vu courir dans les combats,

Emportant après lui tous les cœurs des soldais^, 120

Et goûter, tout sanglant, le plaisir et la gloire

Que donne aux jeunes cœurs la première victoire^.

Mais, malgré ses soupçons, le cruel Amurat,

Avant qu'un fils naissant* eût rassuré l'État,

N'osait sacrifier ce frère à sa vengeance, 125

Ni du sang ottoman proscrire l'espérance '.

Ainsi donc pour un temps Amurat désarmé*

Laissa dans le Serrait Bajazel enfermé.

Il partit, et voulut que, fidèle à sa haine '',

Et des jours de son frère arbitre souveraine*, 130

Roxane, au moindre bruit, et sans autres raisons,

Le fit sacrifier à ses moindres soupçons ^.

Pour moi, demeuré seul *", une juste colère •'

Tourna bientôt mes vœux du côté de son frère.

J'entretins la Sultane, et cachant mon dessein, 135

Lui montrai d'Amurat le retour incertain '2.

Les murmures du camp, la fortune des armes '*.

Je plaignis Bajazet; je lui vantai ses charmes^*,

1. C'est là, on le comprend, ce qui attache Acoraat à Bajuzet ; il compte bien ne jamais trouver un maître dans son ancien élè%e.

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