‹ Théâtre completChapitre 378 sur 592 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

MITHRIDATE

Elle me quitte! Et moi, dans un lâche silence,

Je semble de sa fuite approuver l'insolence? 1380

Peu s'en faut que mon cœur, penchant de son côté ^,

Ne me condamne encor de trop de cruauté *?

Qui 9uis-je? Est-ce Hlonime? Et suis-je Mithridafe?

Non, non, plus de pardon, plus d'amour pour l'ingrate ^.

Ma colère revient, et je me reconnais. i385

Immolons, en partant, trois ingrats à la fois ®.

Je vais à Rome, et c'est par de tels sacrifices

Qu'il faut à ma fureur rendre les Dieux propices '.

Je le dois, je le puis: ils n'ont plus de support *•:

Les plus séditieux sont déjà loin du bord. 1390

Sans distinguer entre eux qui je hais ou qui j'aime,

Allons, et commençons par Xipharès lui-même.

Ma main ni mon amour Ne seront point le prix d'un ?i cruel détour;

braver la mort qu'elle s'attend à recevoir, c'en est assez pour qu'elle se croie elle-même hors des mesures que la modestie prescrit. » (Mademoiselle Cliibon, Mémoires, 29G-297.)

i. Var. — Et que d'un plein effet vos vœux seraient suivis (1673.)

2. Cette scène, une des plus belles et des plus originales que Racine ait écrites, ne pouvait guère lètrc que par lui. Corneille y eiit mis de l'esprit, Voltaire de la déclamation ; Racine y a mis son cœur, et son esprit aussi.

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