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SCÈNE IV

MONIME, ARBATE, PH^DIME

MONIME

Ah! trop cruel Arbate, à quoi m'exposez-vous *? 1545

Est-ce qu'on croit encor mon supplice trop doux? Et le Roi, m'eiiviant une mort si soudaine, Veut-il plus d'un trépas pour contenter sa haine?

ARBATE.

Vous l'allez voir paraître ; et j'ose m'assurer ^

Que vous-même avec moi vous allez le pleurer. 1550

MONIME

Quoi? le Roi...

). Laissez-moi est répété deux fois dans le mèiiie vers, par aloninie et par Arbate : c'est une négligence.

2. Cl Voilà une vraie péripétie. D'après tout ce qui précède, la mort de Moninu; doit paraître infaillible; elle est sauvée cependant, et par l'ordre de ce même Mithridate, si avide de vengeance et si peu fait à pardonner. Comment? c'est ce qu'il est impossible au spectateur de devinei-; et, quoique tout soit imprévu, l'explication rendra tout vrai.-emblable, et le spectateur sera satisfait sous tous les rapports. C'est, depuis Andromaque, le plus beau dénouement de Rarine. Il prend bien sa revanche de ceux de Bajazet etde Britannicus. » (La Harpe.)

3. A partir de ce moment. Racine abandonne l'histoire, et sa tragédie se termine en roman. Le poète s'intéressait à ses personnages, et, désirant relever à nos yeux Mithridate, que ses ruses et ses perfidies avaient quelque peu déconsidéré, il a voulu que le roi, comme Phèdre,

Vint, en se confessant, mourir iur le théâtre.

De plus, cet attendrissement de Mithridate était nécessaire pour sauver Xipharès et Monime, que Racine aimait trop pour les laisser périr : « Quelle apparence, dira-t-il. dans la l'réface d' Iphigénie, que j'eusse souillé la scène par le meurtre hnrrible d'une personne aussi vertueuse et aussi aimable qu'il fallait représenter Iphigénie ? " C'est à dessein de rendre sa mort moins triste que, dans Phèdre, le poète donunera à Hippolyte un amour que désapprouve son père. Il ne pouvait donc pas se décider, en dépit de l'histoire, à condamner à mort Monime et Xipharès.

4. Monime ne peut croire à un pardon venant de Mithridate ; et sa timidité, qui ne tremblait pas devant la mort, tremble à la pensée dos souffrances physiques, ou d'une odieuse union.

.S. Var. — Vous l'allez voir. Madame, et j'ose m'assurer (1673-87.') M'assurer. c'est-à-dire, être persuadé. 'Voir le vers 163.

^7 6 MITHRIDATE

ARBATE.

Le Roi touche à son heure dernière ', Madame, el ne voit pkis qu'un reste de lumière. Je l'ai laissé sanglant, porté par des soldats ^ ; Et Xipharès en pleurs accompagne leurs pas ^.

MONIME

Xipharès! Ah ! grands Dieux! Je doute si je veille, i533

Et n'ose qu'en tremblant en croire mon oreille. Xipharès vitencor? Xipharès, que mes pleurs...

AHBATE.

Il vit chargé de gloire *, accablé de douleurs. De sa mort en ces lieux la nouvelle semée Ne vous a pas vous seule et sans cause alarmée. 1360

Les Romains, qui partout l'appuyaient par des cris, Ont par ce bruit fatal glacé tous les esprits. Le Roi, trompé lui-même, en a versé des larmes^; Et, désormais certain du malheur de ses armes, Par un rebelle fils de toutes parts presse ^, 1565

Sans espoir de secours tout prêt d'être forcé '', Et voyant, pour surcroît de douleur et de haine, Parmi ses étendards porter l'aigle romaine, 11 n'a plus aspiré qu'à s'ouvrir des chemins Pour éviter l'affront de tomber dans leurs mains. 1570

D'abord il a tenté les atteintes mortelles

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