Racine a écrit : n'en avaient eue
4. Comme nous connaissons déjà presque tous ces détails, il nous semble que, dans l'esprit de Racine, ce dialogue n'avait pas d'autre but que de justifier aux yeux de l'étiquette la passion du Prince pour une captive.
5. Cette tournure avait déjà vieilli du temps de Louis Racine, puisqu'il a écrit : cil maltraitant. '
6. 11 est bien évident que si Thoas proteste ainsi de sa tendresse pour son Gis c'est qu'au dénouement il doit être puni dans cette tendresse même.
310 IPHIGENIE EN TAURIDE.
« Mais quelle apparence * de donner les mains - à une passion qui le déshonore ? Allons, et demandons tantôt à la Déesse, parmi nos prières, qu'elle donne à mon fils des sentiments plus dignes de lui ^. »
1. Racine affectionne ee tour; c'est la troisième fois que nous le retrouvons dans ce fragment.
2. Le sens primitif de cette métaphore a tellement disparu qu'elle est devenue synonyme de : consentir, et qu'elle accompagne souvent un mot abstrait : u Donne la main à mon dépit. >> (Molièrb, le Bourgeois gentilhomme, II!, ix)
3. .\e croirait-on pas entendre Louis XIV s'indigner a la pensée de voir la grande Mademoiselle épouser il. de Lauzua?
IPHIGÉNIE
Nous savons que, tout jeune encore, Racine avait appris dans son entier le roman d'Héliodore. Or, dans ce roman qui lui était si cher, se trouvait une situation qui présente quelque analogie avec celle à'Iphigénie. C'était une coutume en Ethiopie d'immoler au Soleil et à la Lune les prisonniers de guerre. Au moment d'un sacrifité de ce genre, le roi Hydaspes et la reine Persina reconnaissent dans une des captives la fille qu'ils avaient perdue. Pour obéir aux lois, Hydaspes se résout en pleurant à immoler sa propre fille : a Vous pouvez voir et ouyr, mes amys qui estes icy assistants, comment les Dieux, contre toute espérance, m'ont déclaré anjourd'liuy père, et comment ceste pucelle par plusieurs preuves et enseignes a esté trouvée et recogneue pour ma fille : toutefois la bienveillance et charité que je porte, tant à vous, comme à la patrie, est si grande, que sans avoir esgard de laisser successeur au royaulme procédant de mon corps, et sans faire compte du doux nom d(; père, l(;sqnelles deux choses je pouvais avoir par le moyen de ceste mienne fille, je suis tout prest et appareillé de l'immoler aux Dieux pour vostre salut. Je voy bien que comme à moy les larmes vous coulent des yeux, et que par là vous vous monstrez passionnez d'affection humaine, laquelle vous semond à avoir pitié de ceste pauvre pucelle, qui si misérablement s'en va mourir devant ses jours, et de moy aussi, à qui en vain espérance de lignée s'estait présentée. Et non pourtant il est force, encore que par aventure vous ne le voulussiez pas, que j'obéisse à la loy et coustume de pais, en préférant le bien commun de toute la patrie à mon utilité particulière. Or si telle estait la volonté des Dieux de me la donner pour me l'ôter tout aussitost, ce qui m'est déjà advenu par deuK fois, l'une quand elle naquit, et l'autre maintenant qu'elle a esté retrouvée, je n'en sçaurais que dire, et le vous laisse à considérer, ne si c'est par providence divine qu'elle a premièrement esté transportée du païs de sa naissance jusques aux extrêmes parties du monde et puis qu'elle soit derechef miraculeusement retournée entre mes mains en estât d'esclave et de prisonnière, je n"en sçay, dy je, rien. Mais tant y a, que les Dieux la recevront offerte pour le bien publiq'en sacrifice par moy : et là où je ne l'ay point voulu occire par droit di; guerre, lorsqu'elle m'estait encore comme ennemye je ne reculeray point àl'immoler maintenant qu'elle est
Racine, t. UT. 1^
ma fille avouée et recogneuc, estimant que tel est vosire vouloir, ny ne feray point ce qui serait à l'aventure pardonnable à un autre père, s'il le faisait, de mettre le genoil en t'^rre pour vous supplier de me pardonner pour ceste fois, et en faveur de nature me dispenser à ce coup de la rigueur de la loy. Ce que vous feriez plus pour la compassion que vous avez d'elle et de sa fortune, que pour autre chose, en vous remonstrant qu'il y a bien autre moyen de faire honneur aux Dieux. Ains, d'autant plus vous vous estes monstrez passionnez de nostre mal, et grièvement dcsplaisants de noz particulières adversitez, d'autant me sera plus cher ce qui touche et concerne vostre bien universel, sans avoir esgard, ny à la perte de celle qui devrait estre mon héritière, ny aux larmes et lamentations de ceste misérable mienne espouse Persina, qui tout ensemble aura et trouvé et perdu sa seule fille unique. Et pourtant je suis d'advis que vous cessiez de lamenter et de plaindre en vain nostre malheur, et que nous nous mettions après à accomplir et parfaire ce sacrifice. Et vous, ma fille, que j'appelle pour la première et dernière fois par ce doux et désiré nom : vous, dy je, ma fille en vain souveraine en beauté, en vain ayant retrouvé vos parents, vous qui tant estes infortunée, que toute autre région vous a esté plus doulce que celle de votre naissance, vous qui en -pais estranger avez trouvé salut, et si tost que vous estes arrivée au vostre y avez rencontré la mort : vous, dy je, ma chère fille, je vous prie, ne me fendez point le cueuren faisant voz regretz. Ains moustrez à ce coup une généreuse magnanimité et constance rovaie, si jamais vous l'avez monstrée, et suyvez votre père, lequel ne peu'.t vous procurer un mary ny vous conduire au cabinet et chambre nuptiale de votre espoux, ains est contraint de vous mener an sacrifice, et au lieu d'allumer torches nuptiales pour vous conduire, luy convient allumer le feu du sacrifice, auquel vous serez consumée, pour offrir aux Dieux comme une victime ceste fleur de beauté incomparable. Mais néantmoins, ô Dieux! pardonnez moy, si j'ay en quelque parole irreveremment parlé de vous, estant vaincu et troublé de douleur de ce qu'il fault que je sois homicide et meurtrier de ma fille au mesme jour que je l'ay peu telle appeller '. » Cette situation présente quelques rapports avec celle oii se trouvent Agamemnon et Iphigénie, et, au quatrième acte de la tragédie de Racine, Agamemnon tient à Iphigénie un discours assez semblable à celui qu'llydaspes adresse à Chariclée dans le roman grec. Peut-être ce souvenir d'enfance a-t-il contribué à donner à Racine l'idée de mettre sur notre scène Vlplvgénie à Aulis d'Euripide.
La lég- nde du sacrifice d'Iphigénie était inconnue à Homère. Cette légende avec tous ses développements, l'injure sacrilège d'Agamemnon*, la colère de Diane, l'oracle prononcé par Cakhas, la