‹ Théâtre completChapitre 428 sur 592 · Hélioilorc, Théagène et Chariclée, trad. d'Amyot, X. i · texte numérisé non relu

Hélioilorc, Théagène et Chariclée, trad. d'Amyot, X. i

2. Vénus outragée se venge à peu près de la même f.içon que Diane dan»

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rnse à l'aide de laquelle Iphigénie est amenée au camp sous couleur d'épouser Acliille, et la'substilution d'une biclie à la fille d'Agamemnoii, que Diane transporte dans son temple de Taui-lde pour lui servir de prêtresse, se trouvait dans les Cypriaques, épopée où le poète Stasinus (viii° siècle av. J.-C.) racontait les origines de la guerre de Troie et les faits antérieurs à la colère d'Achille, qui est le sujet de VIliade. Avant Euripide, Eschyle et Sophocle avaient traité le sujet ù'iphigénie ; mais les anciens eux-mêmes accordaient la supériorité à Mphigénie d'Euripide. Cette tragédie est u.i des derniers ouvrages de ce poète, et même elle ne fut jouée qu'après sa mort, par les soins d'Euripide le jeune, son neveu ou son fils.

Racine a profondément modifié les mœurs de la tragédie d'Euripide ; mais il en a suivi le plan de plus près qu'il ne l'a fait dans ses autres imitations de l'antiquité. Une analyse de la pièce grecque va nous le montrer.

Le jour n'est pas encore levé. Agamemnon sort de sa tente, et appelle un vieux serviteur, que Tyndare avait compris dans la dot de Clytemnestre, sa fille. Les questions, les apostrophes du Roi des Rois décèlent un trouble profond, qui inquiète le vieillard. Alors Agamemnon, dans un morceau long et froid, qui rappelle ces prologues cliers à Euripide, reprend de très haut l'histoire de sa famille :

Orditur ab ovo.

Enfin, il raconte comment Diane irritée a exigé le sacrifice d'Iphigénie, et comment il a fait venir à Aulis sa fille, sous prétexte de la donner à Achille, qui ignore cette ruse. Mais il ajoute que, vaincu par les scrupules de sa tendresse paternelle, il révoque un ordre si barbare ; il vient d'écrire à Clytemnestre pour lui défendre de quitter Argos ; l'armée ignore encore ce que prescrivent les Dieux; il ose espérer qu'il pourra sauver Iphigénie. Il confia sa lettre au vieillard, en lui recommandant de ne pas s'endormir au bord des

Y Andromède de Corneille. Cassiopc, femme de Céphée, roi d'Ethiopie, orgueilleuse de la beauté de sa fille Andromède, a osé la cofnparer à Vénus. Le Jour du mariage d'Andromède et de Phinée, les Néréides sortiront des flots pour voir la fiancée, et la reine superbe leur dit, en leur montrant sa fille : En est-il parmi vous,

0 Nymphes, qui ne cède à dfs attiaits si doux?

Et pouvtz-ïous nier, vous autres immortelles,

Qu'entre nous la nature en foruie de plus belles?

Les Dieux, irrités de l'orgueil de cette nouvelle Niobé, suscitèrent un monstre affreux, qui troubla la cérémonie, et cet oracle sortit du temple d'Ammon : Puur ap.Ti-er Neptune, exposez tous les mois Au monstre qui le venge une fille à «on choix, jLsqu'à ce que le calme à l'orage succède : Le sort vous m<inlrera Celle qu'il agréera; Différez cepcniant les noces d'Andromède.

Le point de départ des deux tragédies est à peu près le même; nous verrons, à plusieurs reprises, Racine imiter la pièce de Corneille.

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fontaines, et de bien rep;arder iiartoiit à tous les carrefours, afin de ne pas laisser passer le char de Cliieranestre.

A peine sont-ils sortis, qu'entre le chœur, composé de jeunes femmes de (^halcis, à l'opposé de celui de VIphigénie de Sophocle, formé de soldats grecs. Ces jeunes femmes, curieuses et bavardes, racontent longuement comment elles ont quitté Clialcis pour venir admirer l'armée des Grecs, énumèrent tous les cliefs qu'elles ont vus, et parmi eux distinguent Achille. Ménélas survient, se disputant avec le vieillard chargé de remettre à Clytemnestre la lettre de son époux. Cette lettre, Ménélas s'en est emparé, et menace de briser avec son sceptre la tête du vieillard, qui la veut reprendre. Au bruit de leur querelle, Agamemnon paraît. Une dispute violente éclate entre les deux frères; Ménélas reproche à Agamemnon de manquer à la parole donnée ; Agamemnon reproche à Ménélas le prix dont il veut racheter une épouse coupable. Au milieu de ce débat, où l'arrogant et impitoyable Ménélas joue un rôle odieux, un messager survient, qui annonce que la reine est arrivée avec sa fille, et que toute l'armée est en fête à cause de l'hymen qui se prépare. A cette nouvelle, Agamemnon ne peut retenir son désespoir et ses larmes; il pleure, et le cœur de Ménélas s'attendrit :

Il presse Agamemnon de renoncer à ce sacrifice, que lui-même à présent trouve abominable. Mais il est trop tard; Ulysse est instruit de tout, il révélerait l'oracle à l'armée; Iphigi'Miie n'en périrait pas moins, et avec elle Agamemnon et Ménélas. Il faut céder au destin, Agamemnon supplie du moins Ménélas de veiller à ce que Clytemnestre ne soit informée de rien.

Resté seul, le chœur célèbre la modération et la pudeur, et raconte par opposition l'enlèvement d'Hélène ; puis, voyant s'avancer le char de la reine, il s'empresse pour aider à descendre Clytemnestre et Iphigénie. Ici se place une scène d'une familiarité charmante et bien éloignée des mœurs de notre théâtre. (Clytemnestre, debout sur son char, fait d'abord, en bonne ménagère, enlever ses paquets, et, comme les gens de sa suite ont la main un peu brusque, elle les rappelle aux précautions par un mot prononcé d'un ton sévère :

Puis elle fait descendre Iphigénie, lui recommandant de prendre bien garde, et invitant les femmes du chœur à la recevoir dans leurs bras. Elle songe enfin à descendre elle-même; soudain

1. Y. 471. C'est ainsi que dans Shakespeare, sur les corps inanimés de Roméo et (le Juliette, Capuict s'écrie : « Uonne-moi la main, Montai^u, donac-moi la main, mon frère. »

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voici le char qui fait un mouvement: elle a peur, et vite elle envo'e quelques femmes du chœur se placer à la tête des chevaux et les maiutenir, tandis qu'elle descendra, en s'appu3-ant sur la main des autres femmes. Mais son fils est resté dans le char, son fils né d'un roi, et qui va devenir rallie du fils de Thétis, égal aux Dieux. Elle le prend dans ses bras, puis fait placer Iphigénie auprès d'elle, aliii que les étrangères, en la voyant ainsi entourée de ses enfants, l'appellent une heureuse mère. Cette entrée est charmante et du réalisme le plus gracieux. On voit à travers le texte tous les jeux de scène, et une succession de tableaux pittoresques se déroule sons nos yeux. La scène suivante joint aux mêmes qualités une note pathétique. Agamemnon paraît dans le fond du théâtre; Iphigénie demande à Clytemnestre la permission de courir au-devant de son père, et, avec une simplicité aimable, se jette dans ses bras. Dans sa joie de revoir Agamemnon, la naïve et mutine jeune fille le presse de questions qui lui déchirent le cœur; elle s'impatiente de sa tristesse, et lui dit avec un frais éclat de rire:

"AtrJvEia vuv êçoûnEV, tl Si f' eùopa/i~ 1.

Plus il voit cette grâce enfantine et charmante, plus le malheureux père sent son cœur se briser. La fin de la scène est admirable :

Xu'ifEi Si |JiiAà6ou)V IvTbç, ôoOîivai xdfai;, Iliyjbv oO.Yiiia Soûaa. Sië,i6iy z' lno\, MA^ouffa Safôv iiaTpb; KT:oixr|<7Etv -/çdvov. 'il fftî'fva xat T.a.fr,Si;, w ïavôai xojjiat,

'E).£'v>i T£. riaJu Toù; Xofoxi;- -a/iXa -(i-f

Resté seul avec Clytemnestre, Agamemnon lui donne pour cause de son attendrissement le mariage d'Ipliigénie, qui va la séparer d'eux. La fière Clytemnestre se fait longuement raconter la naissance et les grandeurs de son futur gendre, puis elle s'informe des préparatifs de l'hyménée. Sa surprise est grande quand Agamemnon l'invite à retourner à. Argos, et à laisser s'accomplir sans elle la cérémonie. Elle sort en protestant qu'elle n'obéira pas. Euripide ne perd [loint cette occasion de dire, par la bouche d'Agamemnon, du mal des femmes.

Le chœur chante la destruction d'Ilion. Cependant Achille se rend à la tente d'Agamemnon ; sa bouillante ardeur s'indigne d'être retenue par les vents contraires, et ses Thessaliens s'indignent avec lui. Au son de cette voix, Clytemnestre sort de la tente, et Ih s'engagi; une scène des plus curieuses pour nous autres modernes. Achille s'étonne de la majestueuse et décente beauté de Clvt.emnest.e, qu'il ne connaît

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poini; il est surpris de voir une femme au milieu d'un camp. Clj'- [emnestre se nomme; Achille veut s'enfuir, parce qu'il n'est pas Qonnète de causer avec des femmes. Clytemiiestre le retient, et veut prendre la main de son futur gendre. Acliille n'oserait, de peur d'irriter Agamemnon, toucher la main de la reine. Clytemnestre le salue du nom de gendre ; le jeune héros demeure frappé d'étonnement. Clytemnestre partage sa surprise , lorsqu'elle apprend que jamais il n'a demandé la main d'Iphigéiiie. Tous deux rougissent, et, Honteux en face l'un de l'autre, se disent adieu, et s'éloignent. Mais, à ce moment, le vieillard, qui est au courant du fatal secret, entrebâille la porte delà tente, et les appelle craintivement à voix basse; il regarde s'ils sont seuls, il hésite à parler; enfin, sur les encouragements de Clytemnestre, il révèle l'oracle mortel, et la ruse par laquelle la vierge a été attirée à Aulis. Achille a écouté en silence ce dialogue terrible. La fièi e Clyti^mnestre, oubliant toutes les timidités de la femme grecque, tombe à ses genoux ; c'est en son nom qu'Iphipfénie a été mandée à Aulis; pour se venger de l'outrage qui lui est fait, il doit sauver la jeune fille ! Achille promet de défendre et d'arracher à la mort la vierge qu'il n'a jamais vue, moins par pitié que par orgueil. Si on avait demandé son consentement pour abuser Clytemnestre, peut-être l'aurait-il accordé ; on ne l'a pas consulté : il punira Agamemnon de son dédain. Il termine par ce trait brillant :

'AXk^ TjCTÛ/a^E' Oec-^ i'(Zi T:£çr,vâ (rot

Clytemnestre, rassurée par le début et par la fin de son discours, remercie Achille, en lui rappelant que leurs intérêts sont communs, et lui demande s'il veut voir sa fille. Achille n'y consent point; il craint les propos que ferait tenir dans l'armée une telle infraction aux bienséances : que Clytemnestre tente de fléchir Agamemnon; si ses efforts restent vains, Achille agira.

Le chœur chante les noces de Thétis et de Pelée, parents d'Achille, et, par un triste retour, pleure sur Iphigénie. Clytemnestre sort de la tente pour voir si son époux ne revient point, et justement Agamemnon paraît, réclamant sa fille pour le sacrifice- Clytemnestre appelle Iphigénie, qui entre, portant sous son voile son jeune frère Oreste. Alors commence uiie scène admirable. Aux questions anxieuses de Clytemnestre, Agamemnon répond d'abord par de lâches dénégations; mais il est bientôt contraint de tout avouer. Clytemnestre éclate en imprécations, et reprend ses plaintes de très haut, puisqu'elle reproche k Agamemnon d'avoir tué Tantale, son premier époux, et l'enfant qu'elle en avait. Elle trouve dans sa douleur des accents d'une éloquence farouche, et elle s'emporte jusqu'à des menaces voilées, très claires pour le spectateur instruit de la tragique

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destinée des Atrides. Agamemnon garde le silence. A ce moment la douce Iphigénie s'avance, suppliante et pleurante ; elle presse les genoux de son père : il est si doux de voir la lumière ! Elle évoque de gracieux souvenirs d'enfance, ces scènes d'intérieur où l'àmo attendrie jouit pleinement du bonheur, ces épanchements de famille qui sont des liens si puissants ; elle parle en enfant; il semble qu'elle se fasse plus petite encore pour être plus touchante; et comme une barrière entre le couteau paternel et son sein, elle oppose son jeune frère, qui ne peut encore parler, mais qui, la voyant pleurer, pleure, et semble vouloir la défendre par ses larmes. Cette scène sublime se termine froidement par les considérations politiques qu'Agamemnon oiipose aux pleurs de sa fille, en s'arrachant à ses étreintes. Restée seule avec sa mère, Iphigénie, comme la fille de Jephté, exhale sa douleur dans un chant plaintif et tendre. Soudain elle aperçoit Achille, et veut s'enfuir, par pudeur. Mais Clytemnestre la retient. Achille apporte de tristes nouvelles : l'armée tout entière réclame le sang d'Iphigénie ; ses Myrmidons eux-mêmes ne lui obéissent plus ; cependant il est résolu à empêcher le sacrifice au péril de sa vie. Mais, par une révolution que blâme la sévérité d'Aristote i, Iphigénie a séché ses larmes, et, d'une voix feruie, elle annonce qu'elle est décidée à mourir : tant do sang coulerait pour sauver une femme, quand la vie d'un seul homme est plus précieuse que celle de mille femmes 21 Elle s'offre en victime pour assurer le triomphe des Grecs; le souffle de la gloire a enflammé cette jeune âme, et, par un mouvement superbe, elle s'écrie dans l'enthousiasme du martjre :

©Ûet', txrojOeTTE Tpoîav. TaÛTa fà.^ [JLvr,(j.eTà [aou

BajS'ijwv S' "EX^Tiva; «ç/.eiv lUh;, iXk' où .eaçSifOu?, MSJxtj, 'EXXi^vuv tô |Ajy Y^ç JoûXov, oî S IXtùOejoi 3.

Cette attitude, ces généreuses paroles émeuvent le cœur d'Achille; il désire maintenant épouser Iphigénie ; mais elle refuse ; elle ne veut que la mort ; Clytemnestre pleure en silence; Achille sort avec ses soldats; il sera debout à côté de l'autel, prêt à secourir la jeune fille, si, en présence de la mort, elle vient à défaillir. Iphigénie console sa mère ; la jeune enthousiaste ne veut qu'aucun des siens, en signe de deuil, se coupe les cheveux, ou prenne de noirs vêtements; eLe supplie Clytemnestre de pardonner à Agamemnon, elle la conjure de ne pas raccompaj;ner à l'autel ; puis elle chante en son propre honneur l'hymne triomphal, et sort en disant adieu à la douce lumière du soleil.

Le chœur reprend l'hymne en l'honneur de la triomphatrice d'Ilion

i. Poétique (XV) : iatt Si TafâJttfna... toû... ivunàXoy *; Iv AuA(Si "Isifeviiai-jJiv yàf t'oixEv ri îvETtJOJia tJ Ùo-téj!».

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