SCÈNE I
AGAMLMNOxN, ARCAS.
AGAUEMNON.
Oui, c'est Agamemnon, c'est ton roi qui t'éveille *. Viens, reconnais la voix qui frappe ton oreille 2,
1. « En entrant sur la scène, Baron disait d'un ton fort bas ce rers qui cnmmence la pièce :
Oui, c'est Agamemnon, c'est Ion Roi qui téveille.
On lui cria du parterre : « Plus haut. — Si je le disais plus haut,je le dirais mal, » répondit-il et il continua son rôle. » (.Lcmazurier, Galerie, desact. du Th. fr.,l, 06.) Hdtas sa. Lettre sur l'état présent de nos spectacles, publiée en 1765, La Dixmérie rapporte que,demèraequ';iAthèneson rajeunissait les tragédies d'Euripide par de pompeux cortèges et de brillants défilés, les comédiens avaient imaginé, en s'inspirant d'Euripide et de Rotrou, de mettre ce préambule à la tragétlie de Racine : oOn voit maintenant la nuit régner sur le camp des Grecs. La seule tente d'Agamcmnon ast éclairée dans l'intérieur. On y voit ce prince occupé à fermer une lettre et marquer par ses mouvements une partie du trouble qui l'agite. Il sort de sa tente, et vient à tâtons chercher Arcas qui dort à l'entrée de la sienne. Le jour paraît insensiblement, et on voit les soldats s'éveiller d'eux-mêmes, reprendre leurs postes, etc. Tout cela est dans l'exacte vérité, et contribue à l'illusion théâtrale. » A'oir la note du vers 158.
2. n Lnuis Racine prétend, sur lafoi de l'abbé de Villiers, que son père avait écrit d'abord :
Viens, Arcas; prête-moi ton coeur et ton oreille.
Un fils n'aurait pas dû ébruiter cela. » (Note de M. Gcruzez.) Ce début solennel forme un contraste piquant avec la simplicité du début de la tragédie grecque ('IftYévfca, V. 1-3) :
*A. — '12 itçîTêu, 5ô[xiav Twv^e TuâfoiOtv Ex£ï/e. — n. — SteI/u. — Ti Bi xaivouf^ef;,
'A-fàiAtiivov âvaÇ ; — A, — Eiîeùffii;; •— n. Dncû^w.
Racine, t, III. 20
IPUIGENIE.
ARCAS
C'est vous-môme, Seigneur ! Quel important besoin
Vous a fait devancer l'aurore de si loin ?
A peine un faible jour vous éclaire et me guide. 5
Vos yeux seuls et les miens sont ouverts dausTAulide.
Avez-vous dans les airs entendu quelque bruit ?
Les vents nous auraient-ils exaucés cette nuit?
Mais tout dort, et l'armée, et les vents, et^'eplune*.
AGAMEUNON ^.
Heureux qui satisfait de son humble fortune ', 10
1. Ces vers sont une imitation libre des vers 6-15 de la traséJic «recque;
A — Tt; "0-' ap* àatr.ç o^£ ■T:o^O;i.îjîi Seiçio; È^Y^? "^I? £~xa~()00U n/.£ttt5o; urjciùv tzi jjiE(T(ryjfr,ç ; Oûxojv '^OdYY"; ï' O'^"' °'?''iO(»v OuTE ûa/.à<70-T,;- ariai S' àv-'nuv
TôvSê xat' Ej'pi-ov É'/o'jffiv.
n. — TE Sï au ffzriv?;; èxto; i'^o-E:,-, 'AYttjJLe[xyoy ava^ ; *E5Tt S' f,ffj/ta T>;'5c >aT A'V/.'.v, Kal àxivTjTo; aj't.a-xa.l -iv/Ufi
On voit que latraduction de Racine est fort peu littérale ; aussi Voltaire donnct-il, dans son Bictionnairi- philosophique, au mot Art dramatiijni', des raisons plus spirituelles que probantes contre une critique de Heni'i Home. « Un .jn^c d'Ecosse, qui a bien vonlu donner des règles de poésie et de goût à son pavs. déclare dans son chapitro xxi, Des narrations et ries descriptions, qu'il n'aime point ce vers... S'il avait su que ce vers était imité d'Euripide. ilJui aurait pontêtre fait grâce ; mais il aime mieux la réponse du soldat dans la première scone de Hamlet : « Je n'ai pas entendu une souris trotter. » Voilà qui est naturel, dit-il ; c'est ainsi qu'un soldat doit répondre. — Oui, Monsieur le juge, dans un corps de garde, mais non pas dans une tragédie. » Le vieillard d'Euripide est un esclave, et l'Arcas de Racine n'est pas un soldat, c'est un domestique d'Agamemnon. comme La Bruyère était domestique des Condé. Voilà pourquoi il parle d'un style plus élevé que le vieil esclave d'Euripide. Racine a transposé la tragédie qu'il imitait. Rotrou avait imité ainsi Euripide :
Ce •loit êlre, ^rand prince, une affairi; importante
Oui vous ait si matin lire de voire lente :
Tout voire camp repose, el de tint d'yeux divers
Le joiumeil n'a laisse que les vôtres ouserls.
(Iphigénie, I,V.)
2. Mademoiselle Clairon {Mémoires, p. 252) : « Je voudrais pour l'emploi qu'on appelle à la comédie ['emploi des mis, une taille m.ajcstueusc, une physionomie vénérable, un son do voix imposant, dont les acoents pussent être sévères et doux à volonté ; une démarche et des mouvements nobles et mcsiuos : enfin un ensemble qui me peignît l'habitude du commandement, l'indulgence de l'expirience et la sérénité des vertus. »