AGAMEMNON, ULYSSE
ULYSSE
Seigneur, vous entendez. Quelque prix qu'il en coûte *,
Il veut voler à Troie et poursuivre sa route.
Nous craignions son amour; et lui-même aujourd'hui
Par une heureuse erreur nous arme contre lui. 280
AGA SIEMNON.
Hélas !
ULYSSE
De ce soupir que faut-il que j'augure ? Du sang qui se révolte est-ce quelque murmure ? Croirai-je qu'une nuit a pu vous ébranler V Est-ce donc votre cœur qui vient de nous parler ? Songez-y : vous devez votre fille à la Grèce ^. 2S5
Oop' oîoi Tfo{ïiî îijà xfï.ît^va "/.JmiEov. On lit dans César {De Bfl'.o gnilico, I, 40) : « Quod si praeterea nemo sequatur, taraen secum sola décima Icjjionc iturum, de qua non dubitaret. » Enfin, en écrivant cet admirable couplet. Racine s'est évidemment souvenu de ce que Quinte-Curce fait dire à Alexandre : « Ego me mctior non œtatis spatio, sed gloriœ. Licuit paternis opibus contente intra Macedoniae termines per otium corporis exspectare obscuram et ignobilem sencctutem. Quanquara ne pigri quidcm sibi fata disponunt; sed unicum bonum diuturnam vitam aestimantes saepe acerba mors occupât. Verum ego, qui non annos meos, sed victorias mens numéro, si munera fortunae bene computo, diu vixi. Victor utriusque regionis post nonum regni mei, post vicesimum atque octavum œtatis annum, videorne Tobis in cxcolenda gloria, cui me uni devovi, posse cessare? Ego vero non deero, et ubicumque pugnabo in theatro terrarura orbis esse me credam. Dabo nobilitateni ignobilibus locis : aperiam cunctis gentibus terras quas natura longe submoverat. In his operibus exstingui, si fors ita feret, pulehrum est : ca stirpe sum genitus, ut multam prius quam lougam vitam debeam optare. » (IX, 6.)
1. Ulysse n'est pas franc; il est bien certain qu'Achille ne voudra pas -^c'cr à Troie, si le prix du départ est le sang d'Ipbigénie.
2. Ce discours d'Ulysse est un clief-d'cEuvre d'habileté élégante et lontise; aucun argument n'est oublié.
3 66 IPHIGENIE.
Vous nous l'avez promise ; et sur celte promesse,
Calchas, par tous les Grecs consulté chaque jour,
Leur a prédit des vents l'infaillible retour.
A ses prédictions si l'effet est contraire,
Pensez-vous que Calchas continue à se taire ; 290
Que ses plaintes, qu'en vain vous voudrez apaiser,
Laissent mentir les Dieux sans vous en accuser?
Et qui sait ce qu'aux Grecs, frustrés de leur victime,
Peut permettre un courroux qu'ils croiront légitime ?
Gardez-vous de réduire un peuple furieux, 295
Seigneur, à prononcer entre vous et les Dieux.
N'est-ce pas vous enfin de qui la voix pressante
Nous a tous appelés aux campagnes du Xanthe *,
Et qui de ville en ville attestiez les serments
Que d'Hélène autrefois firent tous les amants 2, 300
Quand presque tous les Grecs, rivaux de votre frrre,
La demandaient en foule à Tyndare son père ?
De quelque heureux époux que l'on dût faire choix,
Nous jurâmes dès lors de défendre ses droits;
Et si quelque insolent lui volait sa conquête, 305
Nos mains du ravisseur lui promirent la tète.
Mais sans vous, ce serment que l'amour a dicté,
Libres de cet amour, l'aurions-nous respecté ?
Vous seul, nous arrachant à de nouvelles flammes,
Nousavez fait laisser nos enfants et nos femmes. 310
1. Le Xanthe et le Simoïs étaient les deux fleuves de la campagne troyenne.
2. Dans la pièce d'Euripide, c'est Agamemnon qui raconte au vieillard ce» événements (v. 57-65) :
Kal viv tIffîîWtv l'x'h, "Opxou^ ffuvà^'ai Âe^iâ; te (Tu|x6a7.eTv Wv/iffTYjçttç ^.XKrJt.oim, xa\ ^t' Ejiirùowv
"Otou fuvri Y^voito T-jvSap\; "ofli ToÛTto ffuvaixuvttv, £t' Tiç tic 5ô[xuy Aa6ù>v Ot'yrotTO, •:0V •:' é'^rov-c' àiruOctTi Xe/ou^, KàriuToaTeùiTeiv xa\ v!aTaTxà4'Eiv i:o).iv "E/./.r.v' onolco; pàfÇaoclv 0' ot:).iuv ■^i-za.
Ro'.l'ou {Jphigéwe,X, v) a traduit ainsi Euripide ? 11 exi^e de nmis que riiiittieiieiiiuiu Nous nous i.blii;iun3 tous d'un solennel serment (l'ai- là tu pcuxju^'er que j'étais de la presse) A cette nécessaire et Utale ironiesse De prêter assistance à celui d'entre nous Que le ciel destinait pour être son époux, S'il arrivait un jour qu'elle lui fut ravie. Et qu'on la put ravoir au danger de sa yie Chacun, flallé d'espoir d'en être po-sesseur, i^ouçc^it à cet arrêt contre le ravisseur. Et. transporté qu'il est de Cet amour exlrêilie, oblige ses sujets, ses armes et soi-même.