‹ Théâtre completChapitre 472 sur 592 · Virgile [EgL, IV · texte numérisé non relu

Virgile [EgL, IV

Cui non ri?ere parenles, Nec deus hune mensa, dea nec dignata cubili est.

M. Francisque Sarcey a écrit à propos de ces vers dans la Chronique théâtrale du Temps, le 8 novembre 1880 : k Kripliile n'est pas seulement une femme

HACIN'r;, t. m. 2 1

37 4 IPHIGÉNIE

J'ignore qui je suis; et pour comble d'horreur,

Un oracle effrayant m'attache à mon erreur,

Et, quand je veux chercher le sang qui m'a fait naître,

Me dit que sans périr je ne me puis connaître *. 430

BORIS

Non, non, jusques au bout vous devez le chercher.

Un oracle toujours se plaît à se cacher * :

Toujours avec un sens il en présente un autre.

En perdant un faux nom, vous reprendrez le vôtre.

C'est là tout le danger que vous pouvez courir, i3'6

Et c'est peut-être ainsi que vous devez périr '.

Songez que votre nom fut changé dès l'enfance *.

ÉRIPHILE

Je n'ai de tout mon sort que cette connaissance ;

jalouse qui déteste et maudit une rivale. Chez elle, la jalousie n'est qu'une des formes de l'envie. Elle est née envieuse, et son caractère s'est encore aigri des disgrâces de sa naissance. Racine a touché ici, d'un doigt discret et délicat à son ordinaire, une plaie que le drame moderne s'est plu à faire saigner et crier. C'est la revendication du bâtard contre la société. I>iphile est de la famille des

Antony Je voudrais que l'actrice qui est chargée de ce rôle ne procédât

point par explosions de fureur: ces explosions soudaines peuvent encore marquer une nature large et généreuse. Il me semble que ce devrait être partout une colère concentrée et recuite, un fiel noir qui s'extravaserait par moments en flots de bile. »

1. Cet oracle que suppose ici Racine est tout à fait dans le goût antique. Dans le dernier volume de VAstrée (V, 630), écrit par Baro sur le plan d'Honoré d'Urfé, le berger Sylvandre est condamné par un oracle à périr :

Sjlvandre doie mourir, et lai^'er pour bulin Diane à Piris qui l'adore ;

au moment de frapper, le druide Adamas reconnaît dans Sylvandre son fils Paris ; l'oracle est accompli : Sylvandre est mort, puisque Sylvandre est devenu Paris. La Doris de Racine va donner à l'oracle qui condamne triphile une interprétation toute semblable.

i. Corneille {Horace, III, m) :

Un oracle jamais ne se laisse comprendre.

3. Voici comment dans l'Astrée (V, 720) le sage druide Adamas interprète l'oracle qui condamne à mort le berger Sylvandre et la feinte Alexis (Céladon s'était déguisé en femme pour se rapprocher d'Astrée à l'insu de cette bergère) : • Je juge que, comme cette amante qui devait mourir était Alexis, ce lidèle amant aussi n'a dû être autre que Sylvandre : en elîet. la mort n'étant qu'une privation d'être, ils sont assez morts tous deux, quand l'un a cessé d'être Alexis et feinte druide pour devenir Céladon; et l'autre quand il a cessé d'être Sylvandre et berger, pour devenir Paris et mon fils. »

4. Ce vers amène adroitement le développement que va faire Ériphije, et cette scène de confidence n'a rien d'intempestif ni d'invraisemblable. Eriphile et Doris causent entre elles d'un mystère qui doit être le sujet constant de leurs entretiens, et qu'elles viennent à Aulis pour pénétrer. Ériphile n'apprend rien à Doris ; toutes deux raisonnent sur le sort d'Kriphile, et leurs raisonnements mettent le spectateur au courant de ce qu'il doit savoir aussi bien que pourrait le faire un récit. Corneille a moins d'adresse dans ses expositions, et moins de naturel.

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