ACTE II, SCÈNE I
Je sais que tout déplaît aux yeux d'une captive,
Qu'il n'est point dans les fers de plaisir qui la suive.
Mais dans le temps fatal que, repassant les flots,
Nous suivions malgré nous le vainqueur de Lesbcs ;
Lorsque dans son vaisseau, prisonnière timide, 405
Vous voyiez devant vous ce vainqueur homicide,
Le dirai-je? vos yeux, de larmes moins trempés,
A pleurer vos malheurs étaient moins occupés ^
Maintenant tout vous rit : l'aimable I^higénie
D'une amitié sincère avec vous est unie*; 4tO
Elle vous plaint, vous voit avec des yeux de sœr.r,
Et vous seriez dans Troie avec moins de douceur.
Vous vouliez voirl'Aulide où son père l'appelle,
Etl'Aulide vous voit arriver avec elle.
Cependant, par un sort que je ne conçois pas, 413
Votre douleur redouble et croît à chaque pas.
ÉRIPHILE
Hé quoi? te semble- t-il que la triste Ériphile
Doive être de leur joie un témoin si tranquille?
Crois-tu que mes chagrins doivent s'évanouir
A l'aspect d'un bonheur dont je ne puis jouir? 420
Je vois Iphigénie entre les bras d'un père ;
Elle fait tout l'orgueil d'une superbe mère;
Et moi, toujours en butte à de nouveaux dangers»,
Remise dès l'enfance en des bras étrangers.
Je reçus et je vois le jour que je respire \ 425
Sans que mère ni pore ait daigné me sourire"'.
1. Doris a peut-être moins d'étonneraent qu'elle ne veut bien le dire; elle veut, en personne adroite, rendre au poète le service d'amener Eriphile à faire ses conQdences au spectateur.
2. Ce détail est important; il expliquera la violence des reproches qu'Iphigénie adi-cssera tout à l'iieure à sa rivale ; et cette liaison permettra au poète de terminer par un trait d'une grâf-e loucliante la peinture du caractère dlphigénie. Après la mort d'Ériphile, Ulysse dira (V, vi) :
La seule Iphig.'nie Dans ce commun bonheur pleure son ennemie.
3. Il semblerait que le sens aurait plutôt demandé que l'on écrivît en but. Mais but et balte ne dilTerent, comme mots, que parce que l'un est masculin, et l'autre féminin. Ils ont le même sens, et ont été longtemps confondus.