‹ Théâtre completChapitre 499 sur 592 · AGAMEMNON, CLYTEMNESTRE · texte numérisé non relu

AGAMEMNON, CLYTEMNESTRE

CLYTEMNESTRE

Oui, Seigneur, nous partions ; et mon juste courroux

Laissait bientôt Achille et le camp loin de nous.

Ma fille dans Argos courait pleurer sa honte.

Mais lui-même, étonné d'une fuite si prompte, 770

Par combien de serments, dont je n'ai pu douter',

Vient-il de me convaincre et de nous arrêter !

Il presse cet hymen qu'on prétend qu'il diffère,

Et vous cherche, brûlant d'amour et de colère :

Prêt d'imposer silence à ce bruit imposteur, 775

Achille en veut connaître et confondre l'auteur.

Bannissez ces soupçons qui troublaient notre joie.

AGAMEMNON

Madame, c'est assez. Je consens qu'on le croie.

Je reconnais l'erreur qui nous avait séduits -,

Et ressens votre joie autant que je le puis. 780

Vous voulez que Calchas l'unisse à ma famille :

Vous pouvez à l'autel envoyer votre fille ^ ;

Je l'attends. Mais avant que de; passer plus loin *,

J'ai voulu vous parler un moment sans témoin.

Vous voyez en quels lieux vous l'avez amenée : 785

Tout y ressent la guerre, et non point l'hyménée.

Le tumulte d'un camp, soldats et matelots.

Un autel hérissé de dards, de javelots.

Tout ce spectacle enfin, pompe digne d'Achille,

1. Ainsi c'est Achille, qui, sans le savoir, déjoue l'artiflce d'Agametnnon rt livre Iphigénie à la mort.

2. On peut voir par cet exemple que si le verbe séduire signifie faire tomber dans l'erreur, il n'est pas toujours nécessaire que cette erreur soit agréable.

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