‹ Théâtre completChapitre 50 sur 592 · Var. — Pour l'entendre à mes yeux m'assurer de sa foi · texte numérisé non relu

Var. — Pour l'entendre à mes yeux m'assurer de sa foi

Je r.'ii fait en secret amener devant moi. (1672)

2. Var. — Mes yeux ne trouvaient point ce trouble, celte ardeur,

Que leur avait promise un discours trop flatteur. (i6"2)

3. L'actrice chargée du rôle d'Atalide doit à la fois montrer sa terreur au public, et ne pas la laisser voir à Roxane.

4. Roiane peut croire encore que le cri d'Atalide est arraché à son étonnement de voir Roxane proposer une alliance si contraire aux mœurs des Turcs. L'artifice par lequel l'explication nécessaire qui va suivre est mise dans la bouche de Roxane, et non dans celle de Bajazet, est fort heureux.

5. Voici, comme échantillon de la paraphrase que Girault de Saînville a faite de Bajazet dans sa Nouvelle intitulée Philadelphe, le couplet de Ptolémaïde (p. 6-9) : « Je sais, poursuivit Ptolémaïde, que l'usage de nos Rois m'est contraire ; fe sais qu'ils se sont fait une loi superbe de ne point assujettir leur foi à l'hymen ; je sais que parmi tant de beautés qui briguent à l'envi leur amour, ils daignent quelquefois faire choix d'une maîtresse; mais que touionrs inquiète malgré tous ses cliarmes, et toujours esclave, «lie reçoit son maître dans ses brns, et que, sans sortir du joug où leur dure loi la condamne, elle ne peut être déclarée princesse favorite que par la naissance d'un fils. On sait que Ptolémée, plus ardent que ses prédécesseurs, a voulu que je dusse ce titre à son amour; et l'on peut dire que j'en reçus la puissance aussi bien que le titre; et dès ce moment il me laissa l'arbitre des jours de Philadelphe. Mais ce même Ptolémée ne me promit jamais que je verrais ses bienfaits couronnés par l'hymen : et moi qui n'aspirais uniquement qu'à cette gloire, j'ai perdu le souvenir de ses autres bienfaits. Mais que sert-il de le dissimuler? Philadelphe seul me les a fait oublier; malgré tous ses malheurs il est plus heureux que son frère, et peut-cire qu'il m'a plu sans aspirer à moi. Pour lui j'ai séduit nos femmes, nos gardes, et tout ce qu'il y a de plus sacré dans ce palais : en un mot, vous voyez jusqu'oii ma pa?sion l'a conduit, et que, grâce à mon amour, je me suis bien servie du pouvoir absolu que Ptolémée me donna sur ses jours. Philadelphe touche presque au trône de l'Egypte, il ne faut plus qu'un pas pour l'y faire monter; mais c'est où je l'attends, et, malgré tout mon amour, si, dans cette même journée, il ne m attache à lui par un hymen légitime, s'il ose m' alléguer une odieuse et contraire loi, enfin, s'il ne fait tout en ma faveur, quand je fais tout pour lui, dès le même moment, sans faire réflexion si je l'aime, et sans consulter si je me perds, j'abandonnerai l'ingrat, et le laisserai rentrer dans l'état malheureux d'où mes bontés l'ont tiré. Voilà sur quoi je veux que Philadelphe décide; sa mort ou sa vie dépend de si réponse. Je ne vous presse point aujourd'hui de me prêter votre voix pour iui

Je sais qu'ils se sont fait une superbe loi

De ne point à l'hymen assujettir leur foi.

Parmi tant de beautés qui briguent leur tendresse ',

Ils daignent quelquefois choisir une maîtresse - ;

Mais toujours inquiète avec tous ses appas ^ 295

Esclave elle reçoit son maître dans ses bras* ;

Et sans sortir du joug où leur loi la condamne,

11 faut qu'un fils naissant la déclare Sultane *.

Amurat plus ardent, et seul jusqu'à ce jour,

A voulu que l'on dût ce titre à son amour. 300

J'en reçus la puissance ® aussi bien que le titre,

Et des jours de son frère il me laissa l'arbitre '',

Mais ce même Amurat ne me promit jamais

Que l'hymen dût un jour couronner ses bienfaits*;

Et moi, qui n'aspirais qu'à cette seule gloire, 30b

De ses autres bienfaits j'ai perdu la mémoire •.

Toutefois que sert-il de me justifier '"?

Bajazet, il est vrai, m'a tout fait oublier.

Malgré tous ses malheurs plus heureux que son frère ",

expliquer mes sentiments, je veux que devant moi sa bouche et l'air de son visage TOC découvrent son cœur, sans me laisser le moindre soupçon ; et je veux quêtant amené secrètement dans ces lieux, il se présente à moi sans y être préparé. Je vas tout disposer, et vous saurez dans peu l'effet de cette entrevue. »

1. Pour beautés, voir Iphigénie, note du vers 239. Racine s'est emprunté ce vers à lui-même; il avait écrit déjà dans Britannicus (IV, ji) :

Parmi tant de beauléi qui briguèrent son choix, etc.

2. On sait que c'est en lui jetant un mouchoir que le sultan témoigne sa préférence à celle de ses femmes qu'il daigne choisir. — Le despotisme oriental est admirablement peint dans re couplet.

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