SCENE III
ACHILLE, GLYTEMNESTRE.
ACHILLE
Tout succède, Madame, à mon empressement.
Le Roi n'a point voulu d'autre éclaircissement ;
n en croit mes transports ; et sans presque m'entendre,
n vient, en m'embrassant, de m'accepter pour gendre.
11 ne m'a dit qu'un mot '. Mais vous a-t-il conté 835
Quel bonheur dans le camp vous avez apporté?
Les Dieux vont s'apaiser. Du moins Galchas publie
Qu'avec eux, dans une heure, il nous réconcilie ;
Que Neptune et les vents, prêts à nous exaucer,
N'attendent que le sang que sa main va verser. 840
Déjà dans les vaisseaux la voile se déploie,
Déjà sur sa parole ils se tournent vers Troie.
Pour moi, quoique le ciel, au gré de mon amour.
Dût encore des vents retarder le retour,
Que je quitte à regret la rive fortunée 845
Où je vais allumer les flambeaux d'hyménée ;
Puis-je ne point chérir l'heureuse occasion
D'aller du sang troyen sceller notre union,
1. Cette supposition est bizarre ; aussi Clytemnestre ne s'y arrêto-t-ellc qu'un instant; d'ailleurs, la conduite d'Agamemnon est bizarre, elle aussi.
2. L'orgueil de Clytemnestre est cruellement blessé ; mais elle trouve une compensation dans sa douleur maternelle ; cette résignation nous intéresse à elle, et nous fait prévoir les tempêtes qui vont fondre sur la tète d'Agaracm- Don.
3. Clytemnestre, entre la sortie d'Agamemnon et l'entrée d'Achille, n a prononcé que douze vers ; aussi Racine, observateur scrupuleux des vraisemblances ïcéniques, fait-il dire à Achille qu'Agamemnon ne lui a dit qu'un viot.