‹ Théâtre completChapitre 517 sur 592 · ACTE III, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE VI

Un cruel (comment puis-je autrement l'appeler?)

Par la main de Calchas s'en va vous immoler;

Et lorsqu'à sa fureur j'oppose ma tendresse, i02o

Le soin de son repos est le seul qui vous presse?

On me ferme la bouche? on l'excuse? on le plaint?

C'est pour lui que l'on tremble, et c'est moi que l'on craint?

Triste effet de mes soins ! est-ce donc là. Madame,

Tout le progrès qu'Achille avait fait dans votre âme *? 1030

IPHIGÉNIE

Ah, cruel! cet amour, dont vous voulez douter,

Ai-je attendu si lard pour le faire éclater"-?

Vous voyez de quel œil, et comme indifférente.

J'ai reçu de ma mort la nouvelle sanglante^.

Je n'en ai point pâli. Que navez-vous pu voir* 1035

A quel excès tantôt allait mon désespoir,

Qiiand presque en arrivant un récit peu fidèle

M'a de votre inconstance annoncé la nouvelle!

Quel trouble, quel torrent de mots injurieux

Accusait à la fois les hommes et les Dieux ! ,1040

Ah ! que vous auriez vu, sans que je vous le die *,

1. Achille parle ici exactement comme parlait Fliinée dans Corneille [Andromède, II, m) :

Ji; dois, malgré le sort, je dois, malgré vous-même, Si vous aimez si mal. vous iiiontier coiniiie on aime, Kt (dire recunnaitie aux jeux qui riront cuarmé Que j'étais digne au moins d'être un peu mieux aimé.

2. Ce reproche d'Achille et ses menaces contre Agamemnon peuvent seuls de terminer Ipliigénie à avouer, sur le point de mourir, des sentiments que sa pu (leur lui défendait de révéler. Voir Alecondrc, note du vers 1382.

3. Ces deux vers doivent servir de guide à l'actrico chargée d interpréter le rôle d'Ipliigénie. Monime avait dit dans Milhndate (V, i), peut-être mieux :

Quand je n'en aurais pas la nouvelle sanglante, Il est mort.

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