‹ Théâtre completChapitre 538 sur 592 · ACTE IV, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV

La colère des Dieux demande une victime ;

Mais ils vous ont nommée. Un oracle cruel

Veut qu'ici votre sang coule sur un autel.

Pour défendre vos jours de leurs lois meurtrières', 1225

Mon amour n'avait pas attendu vos prières.

Je ne vous dirai point combien j'ai résisté :

Croyez-en cet amour par vous-même attesté.

Cette nuit même encore, on a pu vous le dire.

J'avais révoqué l'ordre où l'on me fit souscrire. 1230

Sur l'intérêt des Grecs vous l'aviez emporté,

Je vous sacrifiais mon rang, ma sûreté 2.

Arcas allait du camp vous défendre l'entrée :

Les Dieux n'ont pas voulu qu'il vous ait rencontrée.

Ils ont trompé les soins d'un père infortuné, 1235

Qui protégeait en vain ce qu'ils ont condamné.

i\e vous assurez point sur ma faible puissance*.

Quel frein pourrait d'un peuple arrêter la licence,

Quand les Dieux, nous livrant à son zèle indiscret*,

L'affranchissent d'un joug qu'il portait à regret? 1240

Ma fille, il faut céder. Votre heure est arrivée^.

Songez bien dans quel rang vous êtes élevée.

Phinke. — Quelle est cette justice, et quelles sont ces !oix,

Dont l'avfusle rigueur s'étend jusques aux Rois? Cepbbb. — Celles que ionl les Dieux, qui, tout Rois que nous sonimes,

Punissent nos foiTaits, ainsi que ceux des bouuues;

Et qui ne nous font part de leur sacré pouvoir

Que pour le mesurer aux règles du devoir.

Que diraient mes sujets, si je me faisais grâce:

El si, durant qu'au monstre on expose leur raot;,

Ils Ti'jaient, par un dioit tyrannique et honteux.

Le crime en ma maison, et la peine sur eux?

1. L'Académie reproche à Corneille, dans ses Observations sur le Cid, d'avoir fait meuitrier de trois syllabes; la façon de compter de Corneille a prévalu.

2. C'tst vrai, et c'est ce qui nous permet de nous intéresser à Agamemiion.

3. Ne prenez pas conûance. Racine dira de même dans Phèdre (V, 111) :

Ne vou< assurez pas sur ce cœur inconstant.

4. Qui manque de retenue. On lit dans La Fontaine (Fables, VU, 1) :

J'ai beau te le crier, mon zèle est indiscret.

Le plus semblable aux morts meurt le plus à regret.

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