SCÈNE VIII
AGAMEMNON, EURYBATE, gardes,
EURYBATE.
Seigneur.
AGAMEMNON
Que vais-je faire?
Puis-je leur prononcer cet ordre sanguinaire? Cruel ! à quel combat faut-il te préparer? 1435
Quel est cet ennemi que tu leur vas livrer? Une mère m'attend, une mère intrépide, Qui défendra son sang contre un père homicide. Je verrai mes soldats, moins barbares qun moi, Respecter dans ses bras la fille de leur Roi. 1440
Achille nous menace, Achille nous méprise ; Mais ma fille en est-elle à mes lois moins soumise? Ma fille, de l'autel cherchant à s'échapper. Gémit-elle du coup dont je la veux frapper? Que dis-je? Que prétend mon sacrilège zèle •? 1445
Quels vœux, en l'immolant, formerai-je sur elle-? Quelques prix glorieux qui me soient proposés. Quels lauriers me plairont de son sang arrosés? Je veux fléchir des Dieux la puissance suprême ^? Ah! quels Dieux me seraient plus cruels que moi-même*? 1450 Non, je ne puis. Cédons au sang, à l'amitié *, Et ne rougissons plus d'une juste pitié. Qu'elle vive. Mais quoi? peu jaloux de ma gloire, ■ Dois-je au superbe Achille accorder la victoire? Son téméraire orgueil, que je vais redoubler, 1455
Croira que je lui cède, et qu'il m'a fait trembler...
1. Voilà un hémistiche désagréable à l'oreille; on rencoutie rarement dans Racine des taches de ce genre.
2 Dans la pièce grecque, c'est Clytemnestre qui dit à Agamemnon (H85- 1186) :
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