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ACTE I, SCENE IV

D'un mouvement jaloux je ne fus pas maîtresse '•

Ma rivale, accablant mon amant de bienfaits,

Opposait un empire à mes faibles attraits 2; 380

Mille soins la rendaient présente à sa mémoire;

Elle l'entretenait de sa prochaine gloire.

Et moi, je ne puis rien. Mon cœur, pour tous discours,

N'avait que des soupirs, qu'il répétait toujours '.

Le ciel seul sait* combien j'en ai versé de larmes. 385

Mais enfin Bajazet dissipa mes alarmes.

Je condamnai mes pleurs, et jusques aujourd'hui

Je l'ai pressé de feindre, et j'ai parlé pour lui.

Hélas ! tout est fini. Roxane méprisée

Bientôt de son erreur sera désabusée. 390

Car enfin Bajazet ne sait point se cacher :

Je connais sa vertu prompte à s'effaroucher * ;

Il faut qu'à tous moments, tremblante et secourable,

Je donne à ses discours un sens plus favorable*.

Bajazet va se perdre. Ah ! si, comme autrefois, 393

Ma rivale eût voulu lui parler par ma voix !

Au moins si j'avais pu préparer son visage''! c-

Mais, Zaïre, je puis l'attendre à son passage ':

D'un mot ou d'un regard je puis le secourir.

Qu'il l'épouse, en un mot, plutôt que de périr. 400

Si Roxane le veut, sans doute il faut qu'il meure.

I. Atalifle devrait avoir pour l'instant d'autres préoccupations, en face du «knger qui la menace. Mais, si elle s'arrête à rappeler ce détail, c'est que le poète a besoin de nous faire connaître son caractère.

'i. Racine mettra de nouveau cette expression dangereuse dans la bouche d'Esther (I, i) :

De mes faibUi attraits le Roi parut frappé ;

Si l'actrice chargée du rôle est laide ou d'une beauté opulente, le parterre s'amuse.

3. C'est dans Bajazet surtout que Racine a peint les hommes tels qu'ils sont, et il faut convenir que ce spectacle n'a rien qui élève l'âme.

4. Succession désagréable de sons semblables, étonnante chez un poète épris de l'harmonie comme Racine.

3. Cette expression, qui est devenue familière, ne l'était pas alors, et Corneille avait pu dire dans Pertharite (III, iv) :

Que ton ambition ne s'effarouche pas.

Racine avait d'ailleurs écrit déjà dans Bérénice (III, ii) : Soit tertu, soit amour, mon cœur s'eu effarouche.

Ces vers servent à la fois à peindre le caractère de Bajazet, à préparer la scène qui ouvrira le second acte, et à amener, sinon la terreur, du moins l'inquiétude sur la scène.

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