‹ Théâtre completChapitre 61 sur 592 · ViB. — Mais, Zaïre, je puis attendre son passage · texte numérisé non relu

ViB. — Mais, Zaïre, je puis attendre son passage

Il se perdrn, te dis-je. Atalide, demeure * :

Laisse, sans t'alarmer, ton amant sur sa foi '^

Penses-tu mériter qu'on se perde pour toi?

Peut-être Bajazet, secondant ton envie, 40o

Plus que lu ne voudras aura soin de sa vi© ^

ZAÏRE

Ah ! dans quels soins, Madame, allez-vous vous plonger * ?

Toujours avant le temps faut-il vous affliger ?

Vous n'en pouvez douter, Bajazet vous adore.

Suspendez ou cachez l'ennui qui vous dévore ^. 410

N'allez point par vos pleurs déclarer vos amours.

La main qui l'a sauvé le sauvera toujours,

Pourvu qu'entretenue en son erreur fatale '',

Roxane jusqu'au bout ignore sa rivale'.

Venez en d'autres lieux enfermer vos regrets, -5 13

Et de leur entrevue attendre le succès *.

ATALIDE

Hé bien ! Zaïre, allons. Et toi, si ta justice

De deux jeunes amants veut punir l'artifice®,

0 ciel, si notre amour est condamné de toi,

Je suis la plus coupable : épuise tout sur moi. 420

1. La façon dont s'interpelle Atal'ule était chère aux héros de Corneille. Racine a eu le bon goiït d'employer rarement cette tournure peu naturelle.

2. Ce vers est dit avec une triste ironie ; la jalousie d'Atalide fait un refour offensif. — Voir Biiiannicus, note du vers 146.

3. « Quelle délicatesse dans la peinture qu'Atalide fait de ses sentiments ! que tous les replis de son âme sont bien développés ! que sa jalousie est tendre et affectueuse ! Ce n'est point la fureur atroce de Médée, ce n'est que l'inquiétude d'une âme délicate et sensible. Racine seul connaissait toutes ces finesses. » (LuWBic DE BoisjERMim.) — i< Cc vers, et ce qui précède, et ce qui suit, tout est plein de délicatesse et de grâce. La situation ne parait pas encore s'y opposer ; mais, à mesure que le péril croîtra, on va voir qu'en faisant son .Vtalide, Racine était encore trop près de sa Bérénice, et ne s'aperçut pas combien ce qui était charmant dans l'une allait devenir petit dans l'autre, et contraire à l'esprit du sujet et à celui de la tragédie. » (La HAnPE.)

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